DROIT D’ASILE POUR MAMADOU BAH !

par | BLE, DEC 2013, Migration

Il n’est pas nécessaire de voyager bien loin ou de remonter le temps pour être confronté aux formes de violences les plus primaires : celles engendrées par des politiques de peur qui désignent directement ou indirectement leurs boucs émissaires à abattre et à bastonner.

Depuis le cinq octobre dernier, Mamadou Bah, ex-Secrétaire de l’Union des Ressortissants Guinéens de Grèce, est réfugié en Belgique pour échapper aux escadrons de la mort d’Aube Dorée, lesquels l’ont agressé à deux reprises, la première fois en le laissant pour mort, le front éclaté et en sang.

Plus grand monde aujourd’hui n’ignore que ce parti néo-nazi a fait la une de l’actualité par de véritables pogroms visant les immigrés, mais aussi les minorités nationales de Grèce, ou encore les homosexuels et les handicapés. Terreur doublée d’attentats ciblés contre des militants de gauche et des personnalités antifascistes, tel le renommé musicien Pavlos Fyssas, récemment poignardé à mort en pleine rue, ou encore des colleurs d’affiches du   parti   communiste   battus à coup de barres de fer quelques jours auparavant, dont le secrétaire du syndicat du métal d’Athènes.

UNE CIBLE “AU CARRÉ” : AFRICAIN ET ANTIFASCISTE

Mamadou Bah est une des innombrables victimes de ces modernes “sections d’assaut”, faisant régner leur loi dans les quartiers populaires et la terreur dans les villes grecques. S’il a été accueilli chez nous par le milieu antifasciste, antiraciste et syndicaliste, c’est donc à un double titre.

Tout d’abord, suite au danger qu’il encourt s’il devait rester en Grèce, sa seule origine l’exposant à tout moment, comme tous ses frères et sœurs “de couleur”, à de nouvelles “ratonnades” mortelles.

Mais aussi et, surtout désormais, en tant qu’opposant politique. La première fois qu’il a rencontré le peloton motorisé qui a failli le massacrer, c’est tout simplement en quittant son travail, dans un quartier où Aube Dorée organise systématiquement de véritables “ratonnades”. La seconde, en revanche, ce n’est plus dû au seul “hasard” d’une mauvaise rencontre : le même gang de tueurs était clairement revenu “achever la besogne” et c’est un miracle qu’il ait pu leur échapper, ne devant son salut qu’à sa fuite éperdue jusqu‘au restaurant où il travaillait et qu’il venait de quitter.

Une tentative de récidive qui tient au fait que, sitôt après leur première agression, Mamadou Bah a osé dénoncer publiquement les exactions systématiques des racistes d’Aube Dorée, et appelé à la mobilisation populaire contre cette terrible menace. A son initiative, son récit et son cri d’alarme ont en effet été médiatisés d’abord par le principal quotidien grec, et depuis lors dans la presse internationale, de Libération à la RTBF, en passant par La Libre et Le Soir.[1] Un véritable défi lancé aux nouveaux nazis, sur le mode du “NO PASARAN !”, qui lui valent la haine redoublée de ceux-ci, décidés à faire taire celui qui, parlant au nom de ses frères “étrangers”, a décidé d’être, selon ses propres termes, “la voix des sans voix”.

La revanche des milices armées et casquées risque donc d’être à la hauteur de cet extraordinaire geste de résistance affiché par une de leurs “proies”. Mamadou Bah a d’ailleurs dû abandonner son boulot après cette nouvelle tentative d’assassinat, et vivre des semaines durant caché par des amis et dépendant de la solidarité de ses frères et sœurs guinéens comme du milieu antifasciste. Une situation naturellement intenable.

C’est pourquoi, sur les conseils pressants de ses camarades grecs, eux-mêmes ne pouvant lui garantir de manière suffisante sa sécurité, il a dû se résoudre à l’exil et à chercher asile parmi nous. Cela, par l’entremise d’antifascistes et antiracistes belges, notamment du milieu syndical, mais aussi de la communauté grecque de Belgique, solidaire de “la Grèce qui résiste” et de ses compatriotes présents en nombre dans notre pays, qui se reconnaissent également dans son combat.

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UN COMBAT QUI EST DÉSORMAIS LE NÔTRE…

Tout d’abord, et c’est le plus urgent, nous devons absolument lui obtenir une forme d’asile en Belgique.

Déjà, en tant que membre d’un groupe “cible” de discriminations et de la violence d’extrême-droite et/ou policière (il a également fait, de manière répétée, l’objet de tabassage et/ou d’humiliations racistes dans les commissariats d’Athènes, connus pour être gangrenés par Aube Dorée).

Mais aussi en tant que réfugié politique au sens strict, désormais pourchassé personnellement pour ses opinions et ses activités. Car il faut savoir que, bien avant ces deux attentats, il était déjà en Grèce une figure de proue des Guinéens et, au-delà, via “l’Union Africaine” qu’il a contribué à mettre sur pied, de tous les émigrés africains en lutte pour leurs droits au séjour, à la sécurité, à la scolarité et au travail déclaré, et bien sûr contre le racisme et le fascisme dont ils sont les boucs émissaires. Cela, en étroite unité avec les milieux progressistes grecs, dont il était un compagnon de route de longue date. Un engagement qui le désigne encore plus aux représailles des néo-nazis.

Face à cette double menace, il ne fait aucun doute qu’il est en droit de craindre pour sa sécurité, sa santé et même sa vie. Et pourtant, il n’y a aucune certitude quant au fait qu’il obtienne ce droit de séjour durable de la part de l’Etat belge. En effet, le droit à l’asile en Europe, et particulièrement en Belgique, a connu un durcissement dans ses conditions d’octroi, comme la récente actualité l’a encore démontré avec le mouvement des demandeurs d’asile afghans, ou plus tragiquement encore avec “l’affaire Aref”.[2]

Dans un tel contexte, Mamadou Bah risque de se heurter à deux obstacles de taille, en l’état de l’actuelle jurisprudence en vigueur. Le premier, paradoxalement, est justement qu’il se soit vu reconnaître le statut de réfugié en Grèce, en l’occurrence par rapport aux risques sérieux qu’il courait dans son pays natal. Un statut qui risque d’être invoqué comme un prétexte pour le débouter d’office, au motif qu’il jouirait en conséquence déjà d’une protection spécifique par l’Etat grec. Argument de toute évidence aberrant, eu égard au climat de terreur régnant aujourd’hui en Grèce, visant les migrants comme les militants progressistes – Mamadou Bah cumulant de surcroît cette double “tare” aux yeux des psychopathes haineux d’Aube Dorée.

Ensuite, aux termes de la législation européenne, tous les Etats de l’Union sont “réputés” démocratiques et donc respecter les droits de l’Homme et assurer la protection de leurs ressortissants. Là encore, un postulat de base totalement arbitraire et absurde, alors que les cas de discriminations et de mauvais traitements, attentatoires à la dignité humaine ou même à la simple survie de certains groupes sociaux, ethniques (ne pensons qu’aux Roms), religieux ou politiques, ou certains individus (notamment en raison de leurs activités politiques ou encore leur orientation sexuelle…) sont légion en Europe, dûment documentés et régulièrement dénoncés par Amnesty, la FIDH et maints autres organismes internationaux.

Contradiction sur laquelle nous comptons nous appuyer pour contester cet argument d’autorité affirmant qu’on ne peut être admis comme réfugié fuyant un pays européen. Ainsi, la demande d’asile de Mamadou Bah sera étayée à travers divers rapports d’organismes de défense des Droits de l’Homme, mais aussi du Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés, attestant d’innombrables exactions contre les migrants en Grèce de la part des organisations d’extrême-droite mais aussi de la police (et des connivences que celle-ci entretient avec Aube Dorée), comme d’attentats plus ciblés contre des militants de gauche et antifascistes. Climat qui a par ailleurs fait l’objet de multiples articles et reportages dans la presse écrite et audiovisuelle, tant grecque qu’internationale.

Une violence jouissant de surcroît d’une totale impunité et même d’un certain degré de complicité de la part du pouvoir – du moins jusqu’au tout récent (et relatif) revirement, consécutif à la révolte massive suscitée par l’assassinat “public” de ce rappeur très populaire, contraignant le gouvernement à sortir de sa coupable passivité. Enfin et surtout, cette demande s’appuiera aussi sur les déclarations de connaissances de Mamadou Bah en Grèce qui ont été des témoins directs et indirects des deux attaques dont il a fait l’objet, comme du fait qu’il continue à être activement recherché par les commandos du parti néo-nazi.

… ET QUI EST DOUBLE

Cependant, malgré cette abondance d’évidences et de preuves, seule une forte mobilisation autour de son “cas” est susceptible d’arracher une décision positive de la part des autorités belges. Sans quoi il pourrait très bien connaître le sort de tant d’autres demandeurs d’asile, craignant légitimement pour leur sécurité dans le pays qu’ils avaient fui, et néanmoins impitoyablement refoulés de Belgique, voire, pire “rapatriés” vers celui-ci.

C’est pourquoi, et c’est d’ailleurs sa demande explicite, nous devons faire de son “cas” emblématique un appui pour une large campagne de dénonciation, de soutien et de mobilisation. Et ce, non seulement en solidarité avec le peuple grec, contre l’austérité barbare qui lui est imposée et la terreur des aspirants dictateurs, mais aussi en vue d’un vaste travail de prévention contre la menace d’extrême‑droite en Belgique et ailleurs en Europe. Campagne qui s’articulera avec l’initiative prise autour du Manifeste Antifasciste Européen lancé par des syndicalistes grecs en vue de la mise sur pied d’un réseau intersyndical de lutte à l’échelle du continent.

Dans cette perspective, Mamadou est disponible pour venir témoigner partout en Belgique, prenez contact avec nous si vous pouvez l’inviter dans cet objectif.

IL Y A URGENCE…

Une pétition pour le droit à l’asile de Mamadou Bah circule dans les milieux progressistes de Belgique, en vue de recueillir un maximum de signatures. Vous pouvez la télécharger notamment sur le site du CADTM, la signer en ligne, la reproduire et la diffuser dans votre propre réseau.

Il faut aussi réunir des fonds, pour assurer la défense juridique de cette demande, mais aussi pour le simple entretien de Mamadou, qui ne peut travailler en Belgique et dont le maigre “viatique” s’épuise rapidement. Vous pouvez y contribuer par un don sur le compte BE06001231834322 du CADTM, avec la mention : Soutien Mamadou Bah.

Il y a urgence : Mamadou n’a qu’un droit de séjour de trois mois en Belgique. Nous devons lui permettre de rester parmi nous, tant pour lui garantir sa sécurité que pour qu’il puisse poursuivre son combat à nos côtés, depuis la Belgique !


[1] Le Soir a notamment consacré une pleine page à l’histoire de Mamadou le 04 octobre dernier, littéralement à la veille de son arrivée chez nous, et avait déjà publié quelques semaines auparavant un véritable dossier sur la terreur d’Aube Dorée. De même, en septembre dernier, la RTBF a également illustré cette violence pogromiste par un billet sur Matin Première, où Mamadou témoignait du sort épouvantable des migrants en Grèce.

[2] Demandeur d’asile afghan, poussé au retour “volontaire” et tué par les talibans dès son arrivée au pays.

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