DU MACRO AU MICRO

par | BLE, MARS 2012, Technologies

Le modèle IP (Internet Protocol) conditionne l’essor de deux télévisions dominantes à l’échelle mondiale. Pour conserver leurs parts de marché, les télévisions historiques innovent sur le modèle de la télévision connectée. Du macro au micro, quelle sera la place des médias de proximité et par exemple celle de Télé Bruxelles ?

Pour qui cherche une information, la recoupe, l’écoute ou visionne un programme en baladodiffusion, la conclusion s’impose : Internet est incontournable. Les tablettes, les smartphones et demain les téléviseurs hybrides permettent à la fois de regarder une chaîne de télévision et de surfer sur Internet. Ces nouveaux équipements modifient nos habitudes de consommation et l’usage que nous avons des médias.

Dans cette imposante révolution virtuelle, Apple TV et Google TV ont anticipé les changements et les spéculations vont bon train : beaucoup pensent que ces deux télévisions se positionnent désormais comme le modèle dominant, au faîte d’une magistrale pyramide virtuelle. Elles bénéficient de moyens financiers largement supérieurs à ceux des grandes télévisions historiques avec un marché publicitaire qu’elles peuvent désormais capter. Apple TV et Google TV proposeront à la demande des quantités gigantesques de programmes, selon un principe proche de la vidéo à la demande – VOD –. De là à anticiper, il n’y a qu’un pas pour avancer qu’elles diffuseront prioritairement des événements majeurs de la planète. Le centre de gravité du marché publicitaire s’est déplacé et les conditions d’accès à ce marché pour les “petites” télévisions deviennent précaires. Une illustration locale, voire piquante ? Certains tarifs publicitaires de la RTBF rivalisent désormais avec ceux des télévisions locales.

Quelque part entre le faîte et la base de l’immense pyramide, les télévisions régionales comme les trois chaînes de la RTBF ou les grandes télévisions historiques françaises, allemandes… ou anglaises pérenniseront vraisemblablement leurs missions de service public aux côtés des opérateurs commerciaux. Désormais, c’est toute l’industrie de la télévision qui est ébranlée.

Quelque part sur la base de l’immense pyramide virtuelle se trouvent les 12 télévisions locales de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elles affrontent des évolutions technologiques sans cesse plus coûteuses. Si le législateur a accordé une attention particulière en réformant leur financement, il appelle à une réflexion sur l’avenir du paysage audiovisuel public qui entre en débat sur les bancs de l’Assemblée parlementaire Wallonie-Bruxelles.

Les télévisions historiques ont développé un modèle traditionnellement linéaire, c’est-à-dire un enchaînement continu de leurs émissions. Depuis quelques années, les télévisions rendent leurs programmes accessibles à la demande et augmentent ainsi leur attractivité en développant une seconde fenêtre virtuelle sur leur site Internet. Désormais, plus besoin d’être à l’heure pile pour regarder le JT de sa région ou suivre sa rediffusion à chaque heure dans la grille des programmes, on peut désormais le suivre sur une tablette, un ordinateur, un téléphone portable ou une télévision hybride. A Télé Bruxelles, ces nouveaux modes de consommation des émissions sont pris en considération, raison pour laquelle aucun moyen technique n’est écarté pour diffuser ses propres programmes et donner une seconde vie aux émissions-maison : câble, télévision numérique terrestre (TNT, voir encadré), vision différée ou en direct depuis le site Internet.

TÉLÉ-BRUXELLES, 26 ANS DE PROXIMITÉ DÉJÀ

Télé Bruxelles est une chaîne qui relève du service public. Le cœur de la mission de Télé Bruxelles réside dans la couverture de l’information régionale bruxelloise, et c’est à ce titre qu’elle reçoit son financement de la COCOF sur base des missions qui lui sont assignées dans un contrat de gestion.

La couverture de l’information signifie que Télé Bruxelles ne fait pas beaucoup de concessions aux modes et aux humeurs, mais qu’elle s’applique à centrer son activité sur la couverture de l’actualité régionale, avec le souci – non de plaire au public à tout prix – de donner les clés de l’information, de lui permettre de comprendre les enjeux avec sérieux et rigueur. C’est un programme ambitieux, et bien souvent à contre-courant. Car Télé Bruxelles, que d’aucuns dépeignent comme une chaîne institutionnelle, est en réalité une chaîne alternative, complémentaire, régionale.

Télé Bruxelles se voit également imposer un pourcentage de production propre. Le temps cumulé des deux éditions quotidiennes du journal télévisé en semaine, des émissions de débat et les magazines arrivent à respecter ce quota. Chaque soirée du dimanche est, par exemple, occupée par un programme – sur les docs – qui aborde une thématique de société à travers une sélection de films documentaires du Centre Vidéo de Bruxelles et des ateliers de production et écoles de cinéma…

Il paraît dès lors difficile en l’état de proposer une fenêtre à des web TV telles Zin TV ou Corsaire TV qui sont réalisées en Région bruxelloise par un public jeune. Les initiatives du monde de l’éducation permanente devraient pourtant trouver des passerelles naturelles avec la télévision de service public de leur région, à tout le moins, il conviendrait de garantir l’adéquation des émergences vidéographiques du monde de l’éducation permanente avec le milieu des professionnels de la télévision.

Un autre élément explique en partie le peu de moyens dont dispose Télé Bruxelles pour sortir des studios. Hormis une camionnette qui permet en certains points de Bruxelles d’établir une liaison en direct, les captations en extérieur impliquent généralement de louer du matériel dont Télé Bruxelles ne dispose pas : caméras, structures portantes, éclairages, régie mobile… Les télévisions wallonnes disposent – pour les plus importantes d’entre elles – d’un, voire de deux, cars de captation et du matériel approprié. L’on croit souvent que Télé Bruxelles est mieux dotée que celles-ci, mais c’est ignorer que les chaînes wallonnes ont bénéficié d’une importante contribution financière imposée par décret aux câblodistributeurs wallons. En région de Bruxelles-Capitale, la gestion du câble relève de la compétence fédérale, avec pour effet de priver Télé Bruxelles d’une manne financière estimée à quelque 900.000€, une panacée qui aurait pu stimuler la présence de Télé-Bruxelles dans son voisinage et soulager l’effort financier de la COCOF.

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