Notre début d’année, comme le vôtre, a été violemment bousculé et profondément perturbé par les attentats en France, au Nigeria, au Danemark… et beaucoup craignent que cela ne fasse que commencer. Les sujets des dossiers thématiques de Bruxelles Laïque Echos pour 2015 avaient déjà été planifiés avec un premier numéro dédié à la question culturelle.

L’actualité rencontrait de plein fouet notre questionnement. N’était-ce pas une expression culturelle particulière mais qui nous est chère – l’esprit de franchouillarde rigolade, la caricature comme art de désacralisation de tous les pouvoirs – qui venait d’être décimée ? La violence de l’affrontement ne témoignait-elle pas du fossé entre les cultures dans leur rapport à la dérision et au sacré ? Plus globalement, les attaques meurtrières des djihadistes et les réponses intransigeantes du monde occidental n’allaient-elles pas aggraver et rigidifier la frontière culturelle entre “eux” et “nous” ? L’élaboration inlassable d’une culture publique commune et de l’interculturalité ne s’annonçaient-elles pas comme les premiers démineurs à déployer sur le champ de bataille de la radicalisation ?

Nous aurions donc pu focaliser notre dossier sur cette actualité. Cependant, “l’affaire Charlie” soulève des questions bien plus vastes que la seule dimension culturelle et interpelle l’identité, les positions et les actions de Bruxelles Laïque à bien des égards. C’est pourquoi, nous avons préféré prendre un peu de recul et consacrer à toutes ces questions notre numéro de juin, une fois l’émotion quelque peu retombée et l’unanimisme du 11 janvier déjà démystifié. Lorsque les effets de ces attentats et les réponses politiques qu’ils ont suscitées commenceront aussi à être évaluables.

Le dossier que nous proposons aujourd’hui promeut la culture comme vecteur d’émancipation et comme espace de rencontre et d’interaction entre les différentes composantes de la société. C’est cette conception de la culture que nous tâchons de mettre en œuvre à travers le Festival des Libertés et nos fructueux partenariats avec le Théâtre National et le KVS, les animations proposées à nos apprenants en alpha, les ciné-clubs, etc. tout comme nos collègues de Picardie Laïque le font dans le cadre de Mons Capitale 2015 de la Culture. Dans le contexte d’austérité et de repli que nous connaissons, c’est une culture à défendre aussi bien au niveau du financement des grands opérateurs culturels que des initiatives déployées dans les quartiers populaires.

Mais la culture, c’est aussi celle qu’on diffuse dans les grands médias et lors d’événements tape-à-l’œil pour divertir les masses, leur éviter de se questionner et entretenir le statu quo. Cette culture aliénée et aliénante, colonisée et colonisatrice, nous vous conseillons de lui opposer votre esprit critique, votre curiosité et votre créativité.

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