Depuis la Modernité, et depuis plus longtemps pour les précurseurs de la libre pensée, nous savons que le monde n’est plus le reflet de la Providence divine mais le fruit de l’histoire faite, au jour le jour, par les hommes et les femmes. Nous faisons l’histoire et elle nous façonne en retour. Il importe donc de la connaître. Pour en tirer les leçons et, selon la célèbre citation de Marx, ne pas être “condamné à la revivre”. Savoir d’où l’on vient permet de mieux s’orienter vers où l’on va.

Au-delà de l’ancrage et de l’action historiques de chaque individu, l’histoire constitue un patrimoine commun. Elle fait partie des fondements et références de toute collectivité. Elle influe donc sur la manière dont une société se conçoit, se construit et évolue. Bien que la démarche des historiens se soit substituée à l’explication mythologique du monde, cette mise en forme de notre passé commun n’est pas exempte de mythes. Ces mythes sont fondateurs, fédérateurs, mobilisateurs et générateurs de sens pour une civilisation, une nation ou un groupe. L’histoire de la laïcité, par laquelle nous ouvrirons notre dossier, n’y  échappe pas. Mais, derrière leur fonction sociale, les mythes invitent les libres-exaministes que nous sommes à les interroger, voire à les démystifier. Pourquoi encensent-ils telle partie de l’histoire plutôt que telle autre ? Que cachent-ils ? Dans quelle mesure figent-ils ou naturalisent-ils une certaine vision de l’histoire ? Ne relèvent-ils pas davantage de la mémoire collective ou officielle que de la science de l’histoire ?

L’histoire est en effet considérée comme la plus scientifique des sciences humaines. Cependant, elle n’est jamais écrite d’une manière parfaitement neutre et impartiale. Elle est traversée d’enjeux de pouvoir et teintée d’idéologie. Il importe alors de se demander qui l’écrit, qui l’enseigne ou la diffuse et ce qui préside au choix de ses objets de recherche. L’histoire que nous apprenons à l’école s’avère être principalement celle des vainqueurs puisqu’elle est écrite par eux. Que serait-elle si on l’envisageait également par le regard des vaincus ou des minoritaires ? Qu’en est-il des histoires dissidentes ou des transmissions orales ? Comment réhabiliter la mémoire des sans voix, des oubliés de l’histoire, pour leur reconnaître une place dans notre patrimoine collectif et notre vision du monde ?

Telles sont les nombreuses et profondes questions abordées par les auteurs qui ont pris part à ce numéro de Bruxelles Laïque Echos. Les réponses proposées sont diverses. Certains articles se prolongent ou se répondent. Ils proposent parfois des points de vue différents et composent un réel dossier contradictoire. Marque de fabrique de notre culture laïque du débat. Signe de vitalité libre-exaministe.

En hommage au cinquantenaire des indépendances africaines, nous avons accordé une place non négligeable à l’Afrique, trop longtemps déniée par l’histoire occidentale. A ce sujet, comme dans l’ensemble du dossier, l’interrogation du passé se veut résolument tournée vers le présent et l’avenir. Le rapport de l’histoire ou de la mémoire au temps présent est une des questions qui soulèvent le plus de controverses.

Mais c’est, pour nous en tout cas, l’enjeu décisif. Chacune des thématiques que nous vous proposons visent avant tout à participer, modestement, à la construction d’un monde plus juste. C’est avec plaisir que je vous y invite.

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