Démocratie, autonomie, émancipation, solidarité, plaisir,… Autant de valeurs que nous défendons comme nôtres, que nous appelons souvent, par raccourci, les “valeurs laïques”. Mais comme tout raccourci, il peut créer de la confusion et appelle donc quelques précisions.

Tout d’abord, il convient de distinguer valeurs au sens strict et principes. Les principes sont des références qui président à l’organisation d’un collectif. Une société doit se mettre d’accord sur des principes de fonctionnement qui sont valables pour tous et qui permettent la coexistence de chacune et chacun. En ce sens, la laïcité politique propose des principes (séparation des Églises et de l’État, impartialité, droits de l’Homme, …) qui peuvent valoir pour toute la société. Il ne faut pas être laïque “encarté” ni libre penseur pour y adhérer.

Par contre, les valeurs relèvent davantage d’un système moral, d’une vision du monde. Elles permettent à un groupe de s’identifier, de régler les comportements de ses membres mais elles sont plus particulières que les principes. La laïcité philosophique, par exemple, définit un ensemble de valeurs, à partir d’une vision du monde sans références transcendantes, que d’autres groupes de la société ne partagent pas forcément. Les sociétés modernes se caractérisent par le pluralisme des valeurs revendiquées par leurs membres.

S’il est de l’essence des principes laïques d’être admis bien au-delà de la communauté non confessionnelle, on remarque aujourd’hui qu’une série de valeurs laïques – telles que l’émancipation, l’esprit critique ou le plaisir – sont également mobilisées par d’autres courants de pensée. Nous n’allons pas déplorer que ces valeurs auxquelles nous tenons se répandent dans la société. Cela signifie que nos combats ont réalisé certaines avancées et, plus généralement, que la société se sécularise. Loin de nous l’idée de revendiquer le monopole de ces valeurs et de crier au vol dès que d’autres se les approprient.

Cependant, le fait que des valeurs soient utilisées à tout va et dans tous les sens peut poser question. Les mots ont-il toujours le même sens pour tout le monde ? Ne sont-ils pas parfois galvaudés, instrumentalisés, détournés (volontairement ou non) de leur sens initial ?

Le dossier que nous vous proposons ne prétend pas révéler le sens exact et universel de ces grands mots mais interroger leurs usages multiples et les problèmes qu’ils peuvent poser en terme de confusion, de récupération ou de perte de sens. Nous nous intéresserons particulièrement aux rapports de force dans lesquels se trouvent coincés ces concepts et où ils se voient trop souvent détournés de leur esprit initial.

Comment, en effet, mener le débat démocratique auquel nous tenons si les concepts n’ont pas la même signification pour tout le monde ? Cette polysémie ou ce galvaudage risque aussi de générer de la méfiance ou du désintérêt pour ces notions chez de nombreux citoyens qui peuvent avoir le sentiment légitime de vivre dans un monde de supercherie.

Préciser le sens des mots est l’une des conditions nécessaires à toute forme d’expression et au dialogue constructif au sein de la société. J’espère que cette 68ème édition de Bruxelles Laïque Échos contribuera à ce débat démocratique et vous fournira certains arguments. Je vous en souhaite une agréable lecture.

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