GUY BEDOS : “FAIRE DU DRÔLE AVEC DU TRISTE”

par | BLE, Culture, DEC 2011, Social

Pourquoi ? Pour qui ? Contre quoi ? Guy Bedos nous l’explique, lors de son récent passage au Festival des Libertés et, par la même occasion, il retrace les origines de l’engagement et de la révolte qui le caractérisent : “Je prends des choses dramatiques pour faire rire, mais c’est un rire qui venge, un rire qui console, un rire qui encourage à se battre. Dans les temps que nous vivons, assez moroses, c’est important”.

Au bout de plus de cinquante ans de carrière, Guy Bedos raconte comment il a développé sa sensibilité politique : “Mon beau-père était raciste, antisémite… un type odieux. C’est un miracle que je ne l’ai pas tué ! Il avait été ouvrier et était devenu patron. Alors, quand les gens me disent “Le peuple, je connais, j’en viens”, je me méfie car, souvent, ils se conduisent comme des enfoirés… D’une certaine manière, c’est un peu grâce à lui que je suis devenu ce que je suis. C’est en voyant comme il était que j’ai pris conscience… mais j’aurais pu tout aussi bien tuer mon beau-père, à quatorze ans. J’aurais pu, moi aussi, devenir l’un de ces jeunes dont on parle actuellement et qui défraient la chronique. Dans ce sens, les méthodes de dressage des enfants délinquants m’inquiètent… j’ai failli être l’un d’entre eux ! Je me baladais avec un couteau que je plantais dans les portes, au lieu de le planter dans le ventre de mon beau-père…”.

Son engagement pour les Droits de l’Homme (il est actuellement délégué de la Ligue des Droits de l’Homme française), contre le racisme et la violence envers les femmes est le fruit de ce qu’il a vécu, des injustices qu’il ressentait déjà à l’âge de sept ans comme quelque chose d’inacceptable. “Mon beau-père était violent avec ma mère, il la battait. Je n’ai jamais pu faire du mal à une femme et ça peut vous paraître banal, mais pour moi, ce ne l’était pas… Si la résilience était un parti politique, je serais le président ! Je me suis construit exactement à l’inverse de ce que j’ai subi et assisté, j’ai fait tout le contraire”.

Son enfance en Algérie, la prise de conscience du racisme l’ont formé à ce qu’il nomme la “gauche couscous” en opposition à la “gauche caviar”. De même, il avoue avoir pu enrichir sa pensée grâce à l’influence de figures notoires du monde des lettres, de la pensée et de la politique comme Simone Signoret, Boris Cyrulnik, Jean-Luc Mélenchon et Michel Onfray, avec qui il est – ou a été – très proche. Une proximité qu’il ne revendique pas, mais qu’il raconte volontiers, pour permettre de le situer.

Alors, quand nous lui avons demandé ce qu’il était urgent de dénoncer actuellement, il répond sans hésiter : “En pleine campagne électorale en France, c’est Sarkozy et les siens. Je veux qu’ils partent. Point. Je lutte contre, parfois je suis même agacé par mes camarades de gauche qui s’abstiennent car ils sont trop exigeants. C’est criminel de s’abstenir. Nous avons Sarkozy et Le Pen d’un côté et c’est la même chose : racisme, discrimination… J’ai dû interpréter Hitler à un moment et ça m’a obligé à beaucoup lire sur lui. Et là, en France, je retrouve le même populisme qui monte les gens les uns contre les autres en se focalisant sur le chômage, l’immigration. C’est le même discours “la France aux Français” qui est derrière. Les Roms, les Maghrébins, les Africains, on cherche à les enfermer. En Allemagne, ça s’appelait le national-socialisme”.

Mais ce que Guy Bedos a à dire, ses colères, ses indignations, ses coups de gueule ou ses coups de cœur, c’est davantage sur scène qu’en entretien qu’il les livre. Voici quelques morceaux choisis de son spectacle qu’il nous autorise à reproduire :

“On m’accuse d’anti-sarkozysme primaire et moi, je réponds : le sarkozyste EST primaire ! Je lui réponds dans sa langue !”

“Le triple A, je croyais que ça marchait que pour les andouillettes… mais ça marche aussi pour les andouilles […] Vous y comnez quelque chose, vous, à la crise de l’euro ? Les histoires de fric, moi, j’entrave que dalle. L’argent, je l’ai toujours pris de haut et sur le tard de ma vie, il me le rend bien […] Par contre, je lisais un jour dans Libération, d’un côté l’interview d’un banquier d’affaires et de l’autre celui d’un prof d’économie. A gauche, en gros caractères, “si l’euro survit, les usines mourront”, très bien… il faudrait annoncer ça aux prolos qui s’en font pour leur boulot. De l’autre côté on lisait : “Sortir de l’euro : un suicide !”. Ok, d’accord, on va vous laisser discuter entre vous, on sera très contents de savoir qui se sera flingué…”

“On n’arrête pas d’apprendre à propos de ces infirmières qui éclatent en sanglots en plein bloc opératoire, on a viré toutes leurs copines, ces profs qui se font cramer devant leurs élèves, les flics qui se flinguent avec le pétard de service… et lui, qu’est-ce qu’il propose comme urgence économique ?… On va taxer le coca-cola !”

“On se met à lutter farouchement contre la fraude sociale, pas fiscale, sociale… Les gens qui sont sous le seuil de la pauvreté, on les traite de “tricheurs” de “voleurs”, de “cancer”… on les oblige à travailler gratuitement… Il faut s’en prendre aux pauvres… surtout pas aux riches… des pauvres, il y en a plus !”.


©Festival des Libertés 2011. Quentin Van der Vennet

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