INTERVIEW : LA DIVERSITÉ CONTRE L’ÉGALITÉ

par | BLE, Féminisme, JUIN 2012, Social

Entretien avec Walter Benn Michaels, professeur de littérature à l’Université d’Illinois aux Etats-Unis

Le mardi 8 mai, Bruxelles Laïque, le GERME-ULB et la Revue Politique organisaient une conférence intitulée “Diversité ou Diversion ? La lutte des femmes et des minorités contre la lutte des classes”. Walter Benn Michaels, professeur de littérature à l’Université d’Illinois intervenait dans ce cadre et a partagé avec Bruxelles Laïque Échos des réflexions autour de ce qu’il considère comme des dérives dans les mouvements anti-discriminations. Celles-ci semblent nourrir la réflexion autour des concepts et des modèles socio-économiques de notre présent numéro.

Walter Benn Michaels est professeur de littérature. Néanmoins, il est connu en Europe pour son ouvrage La diversité contre l’égalité où il s’interroge sur l’émergence des combats pour la diversité – aux États-Unis mais aussi en Europe – et leur émergence qui coïncide avec l’accentuation des inégalités économiques. Selon Walter Benn Michaels, il faudrait se demander “pourquoi les revendications autour des droits basés sur les différences des sexes, de la couleur de peau et des cultures se développent en même temps que l’exacerbation des différences économiques ? Quelle est la connexion entre ces deux phénomènes ?

Selon Walter Benn Michaels., l’anti-discrimination et l’engagement pour la diversité sont acceptés par tous les économistes libéraux et néolibéraux. “La diversité est bonne pour les affaires. Pour vendre, un vendeur se soucie peu de qui est l’acheteur et le chef d’entreprise n’a rien à faire de la race ou l’orientation sexuelle de son vendeur, s’il réussit à bien vendre. C’est une méritocratie qui exige qu’on ne rejette pas les gens sur base de leur couleur de peau, de leur sexe ou de leur identité sexuelle, du moment où ils sont bons en affaires”. Selon lui, le système s’accommode très bien des différences énormes entre les revenus des gens. Donc il n’y a pas de contradiction entre la promotion de la diversité et la différence de classe.

Si l’engagement ne vise pas la redistribution des richesses, alors on n’est pas engagés dans un combat de gauche, on ne redistribue pas la richesse, on ne fait qu’essayer de faire en sorte que, un jour ou l’autre, les riches puissent être noirs, gays, femmes… Un engagement exclusivement orienté dans le sens de la diversité et même un engagement anti-discriminations, lorsqu’il ne poursuit que ce but, n’est pas un engagement pour plus d’égalité économique. Sans un programme qui vise à réduire les inégalités économiques, l’engagement n’est pas pour plus de justice sociale.

Pour Walter Benn Michaels, une société où les riches sont tous des hommes blancs hétérosexuels n’est pas mieux qu’une société où les riches sont des femmes et des hommes de couleur différente et d’orientation sexuelle différente. “Je ne dis pas que le combat contre les discriminations doit cesser, ce que je dénonce, c’est qu’il a remplacé le combat pour la justice sociale dans les sociétés néolibérales (…).

Toutes les questions qu’on se pose dans le monde des militants et des gens engagés à gauche, sont des questions sur l’identité et, quand les revendications identitaires remplacent les revendications pour plus de justice sociale, le néolibéralisme ne sort que renforcé”.

Néanmoins, on pourrait imaginer que l’arrivée aux États-Unis d’un président noir pourrait être interprétée comme une chance de voir émerger des nouvelles façons de faire de la politique qui incluent des préoccupations des groupes traditionnellement exclus, mais ce n’est pas tout à fait l’avis de notre intervenant, pour qui “un noir néolibéral qui sauve les banques est exactement la même chose qu’un néolibéral blanc qui sauve les banques”.

Une idée réellement nouvelle, envisagée au début de la crise aux Etats-Unis, était la nationalisation des banques. Mais on ne l’a pas fait et maintenant elles font plus de profit qu’avant et le fait qu’Obama soit noir n’y change rien.

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