INTERVIEW : LES RÉVOLUTIONS AMÉRICAINES DU 21e SIÈCLE

par | BLE, Démocratie, Economie, JUIN 2012, Politique, Social

Entretien avec Jorge Rivadeneyra, philosophe, écrivain et professeur émérite de l’Université Centrale du Vénézuela

Dans un contexte où les points de vue divergent, il est difficile d’identifier les concepts socio-économiques les plus pertinents pour rendre compte de la situation vénézuélienne. Entre socialisme du XXIe siècle et dictature pétrolière, les avis s’affrontent. Selon Jorge Rivadeneyra, philosophe, écrivain et professeur émérite de l’Université Centrale du Vénézuela, les révolutions sud-américaines du XXe siècle – notamment la révolution cubaine –, furent confisquées par les soviétiques.

La révolution bolivarienne vénézuélienne est le fruit d’une adoption des idées des révolutionnaires cubains, de qui le président Hugo Chávez se sent proche. Néanmoins, le “socialisme du XXIe siècle” vénézuélien est, selon Jorge Rivadeneyra, fort proche du soviétisme, malgré le déni des autorités de cette parenté qui pourrait sembler anachronique.

Comme d’autres intellectuels vénézuéliens, il reproche que des mesures comme l’expropriation des terres aux grands propriétaires terriens n’aient pas abouti à une redistribution achevée des ressources “Il y a eu confiscation puis un abandon de ces terres et maintenant nous devons importer presque 90% de ce qui se consomme dans les grandes villes comme Caracas”.

Hugo Chávez “héritier autoproclamé de Simón Bolívar” a entrepris des réformes dans la Constitution vénézuélienne qui rendent possible sa réélection à perpétuité, ce qui “fait penser à une nouvelle forme de monarchie, comme celle des frères Castro à Cuba”.

Lorsque nous l’interrogeons sur la pertinence des concepts socio-économiques marxistes pour rendre compte de la situation vénézuélienne, Rivadeneyra nous fait part de son scepticisme. Selon lui, malgré le discours marxiste du gouvernement de Chávez, on ne peut pas parler de socialisme puisque “il n’y a pas de lutte de classes au Vénézuela. Nous sommes face à une dispute entre intellectuels de la classe moyenne qui sont pour ou contre le régime.” Et de surenchérir : “au Vénézuela, la classe ouvrière n’existe pas. L’économie est quasi exclusivement basée sur la production du pétrole, mais cette manne n’aboutit pas à la création d’entreprises, ni à la création de nouveaux postes de travail, ni à une diversification de l’économie. Pourtant, c’est le travail qui fait la richesse des peuples et l’exemple du Brésil me semble éloquent de ce point de vue-là”.

Dans notre échange, lorsque nous avons abordé la question de l’Équateur, Rivadeneyra interprète son succès par la planification efficiente du gouvernement “qui a la chance de compter parmi ses dirigeants un économiste et pas un ex-Colonel putschiste”.

Dans la même catégorie

Share This