LES SELS EN TEMPS DE CRISE

par | BLE, Economie, SEPT 2009, Social

En région de Bruxelles-Capitale, le chômage avoisine aujourd’hui les 20%. Et près du tiers des moins de vingt-cinq ans se retrouvent officiellement inactifs. A Saint-Josse, Molenbeek ou Schaerbeek, plus d’un quart de la population en âge de travailler échoue à trouver un emploi légal. Ces chiffres alarment nos formations politiques qui dénoncent tour à tour le “déficit de formation”, le “déficit d’intégration”, ou encore “l’assistanat provoqué par nos politiques sociales”. Mais à trop vouloir chercher les raisons qui font qu’un chômeur ne parvient pas à “s’insérer dans le marché du travail”, ces représentants de partis en oublient que – réciproquement – c’est non seulement le nombre mais aussi la diversité des emplois disponibles sur le marché du travail qui se sont réduits comme peau de chagrin ces dernières années et que certaines activités, apparemment moins demandées, se sont ainsi retrouvées dévalorisées. Or, parmi ceux qui avaient fait de ces activités leurs métiers et qui se retrouvent aujourd’hui sans emploi, nombreux sont ceux qui affirment avoir perdu deux choses en perdant leur emploi : un gagne-pain, d’une part, et une activité qui avait du sens à leurs yeux, d’autre part. Pour le dire autrement, la perte d’un travail n’est pas seulement la perte d’un sacrifice (fait à la collectivité en échange d’un salaire) mais aussi et surtout la perte d’une activité valable (en elle-même et pour elle même). En plus de s’inquiéter des problèmes de formation et d’intégration, il nous faut donc aujourd’hui prendre très au sérieux un problème bien plus fondamental : celui de l’insatisfaction au travail. Quand le travail n’est plus qu’un sacrifice, il ne faut pas s’étonner que des citoyens fassent le choix de tourner le dos au marché du travail et aux politiques d’intégration.

En 1984, au Canada, dans la région de Courtenay, un certain Michael Linton a fait la même constatation, cette constatation toute simple : des emplois disparaissent mais la force de travail autrefois utilisée au travers de ces emplois est, quant à elle, bien vive et bien réelle. Rien n’empêche les personnes sans emploi de travailler et d’échanger… si ce n’est peut-être l’absence de capitaux qui tarit les échanges. Donc, en créant une unité d’échange alternative et en la mettant en circulation à l’échelle locale, Linton s’est dit qu’il était possible de recréer de la richesse… Ainsi sont nés les Local Exchange Trading Systems (LETS) et, plus tard, leurs équivalents belges et français : les Systèmes d’Echange Local (SEL). L’idée est simple. On crée une sorte de club (de 100 ou 200 personnes), dans lequel chaque membre se voit offrir l’opportunité d’accéder à une série de biens et de services, indépendamment du système d’échange dominant. Les SEL peuvent notamment prendre la forme de systèmes d’échange de services et de savoir-faire. Dans ce cas, la monnaie alternative prend généralement la forme d’une monnaie-temps, par le truchement de laquelle le membre peut profiter de la main-d’œuvre des autres membres en échange des heures de travail qu’il consent à rendre à la collectivité.

Aujourd’hui, les SEL ne sont plus des collectifs de chômeurs mais des petits laboratoires dans lesquels on peut expérimenter de nouvelles formes d’échanges. Ils peuvent répondre à une multitude de besoins, matériels, sociaux et même politiques… En effet, il ne s’agit pas seulement pour leurs membres d’accéder à des avantages matériels sans avoir à débourser le moindre euro, mais aussi d’exercer des activités gratifiantes, d’élargir ses connaissances, de créer son système de solidarité etc.

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