L’INSTRUMENTALISATION DES PEURS, UNE BOMBE CONTRE LA CONNAISSANCE DE L’AUTRE

par | BLE, DEC 2006, Social

Dans le contexte social européen, américain, comme ailleurs dans le reste du monde, nous sommes face à l’instrumentalisation des peurs collectives, qui deviennent de plus en plus le cheval de bataille de certains élus, pour des fins politiques de discriminations et d’exploitation économique.

Les migrants qui cherchent un avenir meilleur voient déferler sur eux une vague de haine, d’injustice, de discriminations, de peur planifiée et de discours alarmistes alors qu’ils sont une source de richesse dans le cadre d’une concurrence économique mondiale exacerbée et effrénée.

Ces stratégies de “compétitivité”, de “rentabilité” et de “marchandisation” conduisent à la remise en cause des acquis sociaux, du “modèle social”, c’est-à-dire des conquêtes sociales de l’après seconde guerre mondiale, dont les manifestations sociales désastreuses sont la montée du chômage, de la précarité et du travail clandestin.

L’image des immigrés a évolué dans ce contexte social désastreux. Le travailleur immigré et discret des années 45/70 est progressivement devenu “une menace, un voleur d’emploi”, etc.…

De ce fait, l’incompatibilité culturelle est érigée comme une opposition entre communautés dans un contexte où “le choc des civilisations, des cultures, des religions” est théorisé sur le plan mondial comme accompagnement idéologique des concurrences économiques et de la recherche de mainmise sur les matières grises en général et plus particulièrement sur les matières premières stratégiques.

Sur le plan interne, les grandes puissances riches adoptent la logique sécuritaire. Question : les peurs relatives à l’étranger sont-elles préexistantes ou celles-ci sont-elles plutôt suscitées par des politiques dont les buts sont inavouables ?

La politique de l’immigration zéro n’est pas une réalité mais bien un discours politicien visant à dénigrer la présence de nouveaux étrangers en Europe. L’illusion ou l’hypocrisie de la politique de tolérance zéro envers les étrangers ne tient pas seulement à l’impraticabilité des expulsions massives et systématiques, elle répond aux exigences économiques. L’obtention du permis de séjour n’est plus un droit, mais plutôt une faveur étatique, en fonction du besoin de main d’œuvre bon marché et corvéable à merci pour favoriser la croissance des pays européens.

L’instrumentalisation des peurs collectives devient de plus en plus la scène d’un affrontement, entre l’accueillant et l’accueilli.

Étant donné que, chez l’accueillant, il y a une instrumentalisation de quelque chose d’enfoui dans l’imaginaire collectif qui prend racine dans le système colonial, l’image du colonisé est à la fois celle de la docilité et de la révolte. La docilité serait l’œuvre de la “mission civilisatrice” de la colonisation et la révolte serait un attribut du colonisé, le danger étant inscrit dans ce “barbare” (aujourd’hui “le terroriste”).

Cette peur a favorisé l’acceptation par la majorité silencieuse de la répression policière, des discriminations ou même du racisme déclaré ou déguisé sous la liberté d’expression.

Au point que, certaines personnes insufflent des idées xénophobes qui leur servent de slogans simplistes et de raccourcis raciaux apparemment séduisants, pour ensuite dire qu’elle ne font que relayer ce que pensent les gens.

En attisant la peur universelle de l’Autre, que l’éducation et la rencontre devrait apprendre à surmonter, on déshumanise les communautés les plus stigmatisées : les Noirs, les Maghrébins, les Turcs, les Sud-américains,…. Ce processus de criminalisation et de “chosification” des “allochtones” dénie instantanément le fait qu’ils portent tous en eux un réel vécu, une histoire, une valeur culturelle, intellectuelle et des sentiments.

Mais la peur est aussi présente chez le migrant en quête d’une hypothétique régularisation : la peur de la répression policière, la peur de s’exprimer, la peur de l’expulsion, la peur de revendiquer ses droits les plus fondamentaux, la peur du lendemain, et la peur de ne pas savoir où se cacher, dans une immense détresse. Toutes ces peurs font de lui un défaitiste, qui se croit incapable de pouvoir garantir un avenir à son enfant et, ayant intériorisé l’étiquette d’infériorité qu’on lui a collé, il s’apitoiera sur son sort. Pire encore, il fera un amalgame haineux envers le “dominant”, formulé en les termes suivants : “Tous les belges et tous les européens sont racistes”, ou il se soumettra au paternalisme occidental. Et s’il en est ainsi, c’est parce que le reste de la société se laisse aller au fatalisme ambiant. C’est pourquoi il faut avant tout renforcer la connaissance de l’autre, car la peur transforme la compréhensibilité des Uns, en une haine inadmissible des Autres. Dans ce combat contre la peur de l’Autre, l’interculturalité est l’une des armes les plus efficaces.

  • Il faut que l’histoire scolaire et populaire des minorités dites visibles, et principalement des étrangers, soit rectifiée, car l’Histoire actuelle est une Histoire plus idéologique que critique. Il faut rectifier l’image des autres, des sans papiers et des étrangers, car l’image actuelle est une représentation stigmatisante, et dévalorisante, loin de ce que nous sommes réellement.
  • Il ne faut pas céder à l’impuissance dans cette lutte pour l’ouverture des mentalités, c’est à chacun d’entre nous d’empêcher que le poison de la haine continue sa propagation. Il faut la combattre sans cesse, la démasquer toujours. Il faut la traquer tous les jours, parce qu’elle représente un danger terriblement meurtrier pour nous et pour nos enfants.

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