NO GOOD COUNTRIES FOR THE POOR IMMIGRANTS

par | BLE, DEC 2008, Migration, Social

Le monde serait-il devenu inhospitalier pour les pauvres, confrontés au dilemme de n’être les bienvenus ni chez les pauvres eux-mêmes ni chez les riches ?!

dans les townships de Pretoria en Afrique du Sud avaient fait 22 morts parmi les immigrés en quête d’emplois, venant en particulier du Zimbabwe en pleine récession économique et des pays de la région. En mars déjà deux personnes avaient été brûlées vives et près d’un millier laissées sans abri, après que leurs masures aient été incendiées par leurs voisins sud-africains, aussi pauvres qu’eux.

La Libye de Momar El Khadafy, hérault de l’unité et de la fraternité africaines, vient d’expulser le 13 novembre dernier, 420 ressortissants maliens jugés indésirables sur le territoire libyen. A l’atterrissage des deux avions qui les ont transportés à Bamako, capitale du Mali, nombreux parmi eux se sont plaints face aux micros des journalistes, de vexations, privations, discriminations et violences que leur ont fait subir l’administration et la police libyennes. Certains venaient de sortir de plus de neufs mois de prison pour défaut de papiers, d’autres travaillaient au noir depuis un an ou deux. Dépouillée de ses maigres ressources, la plupart est rentrée au pays encore plus pauvre qu’auparavant. Dans son numéro du 05 juillet 2007, le journal le Monde dénonçait l’expulsion en France de quatre étrangers gravement malades, malgré les avis défavorables de l’administration hospitalière et du corps médical. Rappelons au passage, qu’en France le gouvernement s’était résolument fixé comme objectif fin 2007 d’effectuer 25000 expulsions d’étrangers.

La Belgique n’est pas en reste, loin s’en faut. Ici, comme partout aujourd’hui, du Nord, au Sud, de l’Est à l’Ouest, on chasse, on pourchasse, on enferme et on expulse ces nouveaux parias, ces “damnés de la terre”[1] étiquetés migrants clandestins, africains, sud-américains, kurdes, philippins, arabes ou asiatiques coupables de tentatives d’échapper à leurs conditions de pauvres.

La crise économique et sociale dans le monde peut-elle à elle seule justifier l’hostilité de nos sociétés vis-à-vis de l’étranger pauvre, apatride, nomade ou déshérité ?

Dans le passé, Ibn Battûta[2] célèbre voyageur et chroniqueur marocain, partit de son Tanger natal au début du XIVe siècle, pour entreprendre un voyage de trente ans du Mali à Sumatra et du Kenya aux steppes russes. Il a laissé d’abondantes chroniques qui décrivent les us et les coutumes des pays et des villes où il a séjourné durant ces longues années de pérégrinations. Ses témoignages montrent qu’au-delà de leurs différences religieuses ou culturelles, les sociétés d’alors partageaient un sens et une règle commune en matière d’accueil et d’hospitalité dus à l’étranger, à l’hôte ou au visiteur du moment. Tout le monde semblait respecter ce “droit cosmopolite[3] de l’être humain à être bien reçu partout et traité pacifiquement.

L’hospitalité faisait partie de l’art de vivre chez les riches comme chez les pauvres. Honorer l’étranger, car c’était la signification qu’on donnait alors au mot hospitalité, était partagé par tous, comme un devoir et un privilège enviables, au point que certains n’hésitaient pas à se priver ou à s’endetter pour s’en acquitter. Honorer l’étranger, l’hôte ou le visiteur, c’était d’abord le reconnaître comme un semblable, un égal et vouloir célébrer cette parenté commune, ce lien, en partageant avec lui ou en lui offrant ce qu’on a de mieux et de meilleur. La nourriture la plus succulente, la pièce la plus spacieuse, les draps les plus fins et le lit le plus confortable.

Ce qu’enseignent surtout les récits d’Ibn Battûta, c’est que l’hospitalité s’apprend. En Afrique, on dit d’une personne qu’elle possède ou ne possède pas le sens de l’hospitalité selon la manière dont elle traite les visiteurs. L’hospitalité est à la fois une valeur et un rituel social qui ne consiste pas seulement à accueillir et à rendre service. Ce n’est pas de la compassion non plus. Quand les églises, les mosquées ou les temples ouvrent leurs portes aux sans-papiers et aux sans-abris en leur offrant gratuitement gîtes et couverts, ce n’est pas de l’hospitalité, mais de la charité. Et ce n’est pas parce qu’on sourit aux visiteurs en les accueillant qu’on est forcément hospitalier, car l’hospitalité n’est ni de la bienveillance, ni même un service.

C’est une manière de prouver son humanisme à l’autre quels que soient son origine, sa couleur, son sexe, sa religion en l’accueillant chez soi et le traitant mieux que soi. Elle n’est donc pas une qualité qui nous est naturelle, une aptitude innée. Elle s’acquiert dans un apprentissage de soi et de l’autre, de la réciprocité des prérogatives et droits qui nous incombent les uns vis-à-vis des autres en tant qu’êtres humains.

La perte du sens de l’hospitalité dans nos sociétés, les faits mentionnés plus hauts le prouvent, ne saurait uniquement s’expliquer par la dégradation de conditions socio-économiques aussi dramatiques soient-elles. C’est quelque part, et peut-être plus gravement, le sens de l’homme qui est en train de s’effondrer.


[1] titre d’un essai de Franz Fanon, Les damnés de la Terre.

[2] Ibn Battûta , Voyages / Edition La Découverte / Paris 1982

[3] Kant, Doctrine du Droit in Métaphysique des mœurs Flammarion, p. 179

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