PAROLES DE RUE : DEUXIÈME FORUM INTERNATIONAL DES TRAVAILLEURS SOCIAUX DE RUE

par | BLE, SEPT 2010, Social

Dynamo international coordonne le Réseau International des Travailleurs Sociaux de Rue qui dans le cadre du programme de la Présidence belge de l’Union Européenne et de 2010 année européenne de lutte contre la pauvreté, organisera son deuxième forum international sur les thèmes du travail de rue, des droits de l’enfant, de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Ceci en partenariat avec des acteurs de terrain, de la société civile et de Bruxelles-Laïque. L’enjeu de ce forum est la présentation de recommandations aux autorités politiques nationales, européennes et internationales.

L’évolution du Réseau International composé de 42[1] pays répond à la volonté des travailleurs sociaux de rue à travers le monde de se fédérer pour une reconnaissance légitime de leur travail qui permet de relayer la voix des enfants les plus défavorisés, des populations paupérisées et des personnes en situation d’exclusion sociale. Mais aussi pour l’échange d’expériences, réflexions, pratiques et méthodologies de travail et enfin pour interpeler les pouvoirs publics nationaux et internationaux quant aux mesures politiques à prendre pour enrayer les phénomènes de paupérisation, de violence politique et sociale, de stigmatisation et d’exclusion.

Le Forum des travailleurs sociaux de rue au Festival des Libertés

Le Réseau International des travailleurs sociaux de rue désire réitérer son adhésion aux valeurs de solidarité et de justice sociale en contribuant activement à la construction de réponses structurelles et durables pour les populations les plus exclues. Ce Forum sera l’occasion de la construction d’un dialogue entre une pluralité d’acteurs concernés par la lutte contre la pauvreté, l’exclusion sociale et le respect des droits de l’enfant.

L’édition 2010 du Festival des Libertés “… invitera à la vigilance et à la résistance dans une logique de dénonciation (des pouvoirs normalisants), de revendication (de la liberté de tracer son propre chemin et du droit à la différence), et de proposition constructive (en faveur de la richesse de la diversité, de la fertilité de l’altérité et du dialogue comme moteur de progrès).” Dynamo international et le Réseau International s’unissent à la diversité “… de voix dissidentes …” dont le Festival des Libertés “… tentera de s’en faire la caisse de résonnance”.[2]

Le travail de rue : rendre visible l’invisible

A travers son histoire et son actualité, le travail de rue constitue un excellent révélateur et analyseur de l’espace social, de sa structure et des rapports de force qui traversent nos sociétés. Il répond à l’insuffisance de l’Etat à prendre en considération les besoins des plus démunis et des plus exclus. Pour le travailleur de rue, il s’agit d’être le plus facilement accessible pour un public vivant dans des conditions précaires et subissant des formes multiples d’exclusion. Il constitue le premier et le dernier maillon de la chaîne éducationnelle et de l’aide sociale, lorsque toutes les autres instances ont failli.

La pratique du travail de rue, présente dans une large majorité de pays, s’est développée à la suite d’initiatives visant à faire face à des problèmes sociaux variés et des enjeux partagés. La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale en fait partie intégrante. Une lutte qui passe entre autre par l’application de la Convention relative aux droits de l’enfant et par le respect et la protection systématique des droits humains dans le monde.

Depuis plus de dix ans, au sein du Réseau International, les travailleurs de rue se réunissent et construisent des pistes de réflexion face aux problématiques rencontrées par les populations les plus exclues. Ils réaffirment que la prévention, la formation, la cohésion sociale, le soutien à la vie associative sont de véritables investissements et de véritables économies. L’existence des associations n’enlève pas aux pouvoirs publics le devoir d’assumer leurs responsabilités politiques et financières dans le respect des principes de l’Etat de droit.

La Convention relative aux droits de l’enfant a 20 ans…

La Convention internationale des droits de l’enfant adoptée en 1989 par les Nations Unies et ratifiée par 193 pays contient tous les droits devant être garantis aux enfants. Elle a permis d’étendre la reconnaissance de la dignité humaine fondamentale de tous les enfants et met l’accent sur le besoin urgent de garantir leur bien-être et leur développement.

Pourtant le constat est cruel, des millions d’enfants sont toujours victimes du non respect, d’un manque de garanties et de la violation de leurs droits fondamentaux. Dans de nombreux pays, les enfants sont exposés à des violences physiques, psychiques et morales dans leurs contextes intrafamilial, social, politique et culturel. “Plus d’un milliard d’enfants dans le monde endurent des privations extrêmes liées à la pauvreté”.[3] Par ailleurs, des disparités au niveau du genre sont à remarquer. L’application de la Convention à travers des réformes judiciaires et sociales pourrait pourtant garantir à tous, filles et garçons, une enfance heureuse. Ces problèmes se rencontrent aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement.

Ainsi en Belgique, les conditions de vie et le vécu de certains groupes d’enfants vulnérables peuvent être très difficiles et leurs droits pas forcément respectés. On pense ici aux enfants issus de milieux socio-économiquement défavorisés, en conflit avec la loi, porteurs de handicaps, aux enfants migrants, aux mineurs non accompagnés, … qui méritent toute notre attention. Que penser de la Belgique qui, lors de son rapport quinquennal auprès du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies en juin 2010 à Genève, se targuait d’être un bon élève avec un taux de pauvreté infantile de seulement 17 % alors que la moyenne européenne est de 20 %. Cynisme ? Déresponsabilisation des pouvoirs publics, des autorités politiques ? Tendance à “normaliser” une situation d’injustice ?

Face à ce véritable problème social, il s’agit d’apporter une réponse sociale. Une réponse impliquant une approche holistique face à la complexité des phénomènes et associant les différents niveaux d’acteurs autour des principes de base de la Convention, à savoir la non discrimination, l’intérêt supérieur de l’enfant, le droit à la vie et au développement, le droit à la participation.

2010 Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale

Depuis 1983, l’Europe initie chaque année une campagne de sensibilisation appelée “année européenne” dont l’objectif est de faire évoluer les mentalités et comportements des citoyens européens et d’interpeler les gouvernements nationaux sur des thématiques de nature sociétale. Le rapport de 2008 de l’UE sur la protection sociale et l’inclusion sociale souligne que 78 millions de citoyens parmi lesquels on compte 19 millions d’enfants, sont exposés au risque de pauvreté. La pauvreté a un impact néfaste sur le bien-être des populations. Elle pèse sur la santé, sur le développement cognitif, sur les aspirations, sur l’image de soi, sur les relations avec autrui, induit des comportements à risque et compromet les perspectives d’emploi. Cette thématique constitue une préoccupation centrale pour Dynamo International dont l’action éducative est une force mobilisatrice d’épanouissement et d’émancipation afin de rompre l’engrenage de la pauvreté.

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD)

Les OMD, adoptés par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2000 et à atteindre d’ici 2015, représentent le cadre mondial de référence des stratégies officielles de lutte contre la pauvreté. Atteindre ces objectifs transformerait la vie de millions de personnes et d’enfants car il leur serait garanti un accès aux soins de santé, à une scolarité primaire complète, à l’eau potable et une protection contre la malnutrition et la pauvreté extrême.

Cependant des voix dissidentes tant au Nord qu’au Sud, en font une analyse critique et dénoncent les OMD “ … comme le symbole du nouveau paradigme consensuel sur le développement[4] et de se demander “… s’ils constituent un réel outil de développement ou si au contraire, ils ne sont qu’une nouvelle composante de la stratégie des acteurs dominants pour lever certains obstacles dans leur effort permanent de restructuration du monde en fonction de la logique de l’accumulation”.[5]

L’objectif de promouvoir un tel type de développement économique et social de l’ensemble de la planète nécessite analyse et exige une vigilance accrue quant aux mécanismes mis en place pour les restreindre. Notamment sur des questions importantes telles que l’appauvrissement du débat sur le développement au profit de la lutte contre la pauvreté, la dimension sécuritaire de l’objectif de réduction de la pauvreté, la réduction des inégalités, la justice sociale, le caractère technocratique des stratégies formulées et le travail décent.

Recommandations

Lors du 1er Forum International des travailleurs sociaux de rue organisé en novembre 2002 à Bruxelles, des recommandations furent produites qui visaient essentiellement une meilleure reconnaissance du travail de rue et l’arrêt de programme stigmatisant ou sécuritaire à destination des jeunes. Le but étant de sensibiliser à la réalité des conditions de vie des enfants en situation de rue et de précarité tant au Nord qu’au Sud et au travail de rue en général.

En octobre 2010, le cahier de recommandations autour du thème de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale sera le fruit d’un travail réalisé en partenariat avec des acteurs de terrain et de la société civile. L’objectif étant de faire le point sur la situation actuelle et d’interpeler des décideurs politiques à un niveau local, européen et international.


[1] Philippines, Népal, Vietnam, Burundi, Burkina Faso, Egypte, R.D.C., Sénégal, Tchad, Togo, Gambie, Bénin, Congo Brazzaville, Mali, Maroc, Brésil, Haïti, Martinique, Guadeloupe, Mexique, Nicaragua, Pérou, Bolivie, Québec, Albanie, Allemagne, Royaume Uni, Belgique, Espagne, France, Grèce, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Suède, Suisse, Autriche, Slovénie.

[2] Note d’intention 2010 : “Résister à l’uniformisation”, Bruxelles-Laïque – Festival des Libertés.

[3] Rapport UNICEF 2005 – L’enfance en péril.

[4] Article : Frédéric Lapeyre, “Objectifs du Millénaire pour le développement : outils de développement ou cheval de Troie des politiques néolibérales ?”, Paris, Centre Tricontinental et Editions Syllepse, Alternatives Sud, 2006, Volume 13-2006 / 1, p 9.

[5] idem.

Dans la même catégorie

Share This