PLAISIR POUR TOUS !…ET LA PERSONNE HANDICAPÉE ?

par | BLE, JUIN 2009, Social

Quelques principes

Tout être humain peut éprouver du désir, du plaisir et aimer quel que soit son physique, avec ou sans déficiences. Il n’y a aucune différence entre valides et personnes handicapées quant au besoin et au fait d’aimer. La différence réside dans l’accomplissement de l’acte sexuel où des questions techniques peuvent se poser.

De même que les personnes valides, les personnes handicapées éprouvent des émotions et ressentent des besoins liés à leur corps. Ce n’est pas parce qu’on n’a plus l’usage de ses jambes qu’on n’a pas un sexe et l’envie de s’en servir !

Tout un chacun peut vivre des moments difficiles, des échecs sentimentaux. La personne valide tentera d’y faire face et les considèrera comme transitoires. La personne handicapée les vivra souvent dans un climat social et familial de rejet, d’opprobre et d’infantilisation. Elle devra aussi faire face à des difficultés, voire à des impossibilités motrices d’accéder seule à son corps et à la relation sexuelle.

Si la déficience motrice restreint les mouvements ou les rend complètement désordonnés, elle peut en outre s’accompagner de troubles de la parole, d’une absence de sensibilité tactile, d’une incontinence, voire d’un trouble de l’érection.

Il faut donc tenter de sortir des clichés et admettre qu’une relation sexuelle ne doit pas nécessairement aboutir à la procréation ni même à l’orgasme, sans quoi on exclurait beaucoup de monde. Une relation épanouie ne passera peut-être pas par de grandes performances mais impliquera d’écouter son corps afin d’y trouver de nouvelles sources de plaisir comme les caresses, le regard ou l’imaginaire.

D’autres petits plaisirs ou simplement un mieux-être font aussi partie de la sexualité des personnes déficientes motrices mais sommes-nous prêts à admettre que leur vie affective et sexuelle puisse prendre un autre chemin que la nôtre? En fait, il existe une multitude de sexualités qui toutes doivent être respectées quelles que soient leur expression et leur rythme.

La sexualité n’est qu’une partie de l’épanouissement affectif qui doit passer par la confiance mutuelle et l’ouverture d’esprit. Pour atteindre sa dimension réelle de communication entre deux êtres humains, l’acte sexuel ne doit pas être dissocié du plaisir sentimental et affectif.

En pratique

Il y a 18 ans, un jeune atteint de myopathie de Duchenne a trouvé l’“âme-sœur” au sein de l’internat de l’Institut Royal d’Accueil pour le Handicap Moteur (IRAHM). Il a épousé une stagiaire éducatrice, a eu deux enfants, a mené une vie de couple, avec ses hauts et ses bas, a travaillé, … Le rêve de ses condisciples. Au sein du personnel, cet épisode a débouché sur une réflexion approfondie concernant la sexualité des jeunes vivant avec un handicap.

Jusqu’à il y a peu, l’éveil à la vie affective et sexuelle n’était pas véritablement abordé avant la puberté. Aujourd’hui, cette question est présente dès la maternelle.

L’enfant handicapé considéré comme plus fragile est souvent surprotégé par son entourage qui refuse de le voir grandir et l’infantilise. L’équipe éducative et psychologique doit aider les parents à admettre que leur enfant a droit à une vie d’adulte à part entière. Cet accompagnement s’impose dans la mesure où la vie affective et sexuelle des jeunes porteurs d’un handicap fait partie du projet global de l’institution et du projet individualisé du jeune.

A l’adolescence, il aura plus de difficultés qu’un autre à accéder à l’information, à découvrir les transformations de son corps et ses zones érogènes, à se masturber et même à se laver seul.

Mais quelles sont les limites institutionnel-les ? Si toute direction d’établissement accueillant des personnes handicapées se doit de maintenir une ligne de conduite correcte et d’imposer le respect de la loi et des bonnes mœurs, elle ne peut néanmoins ignorer l’éveil sexuel des jeunes. Il y a donc lieu d’envisager comment y faire face et préciser les règles ainsi que l’attitude adéquate par rapport à certaines situations qui pourraient être considérées comme gênantes.

La sexualité des personnes handicapées ne se réglemente pas plus que celle des personnes valides, il n’y a pas de normes établies. Toutefois, il existe une convention sociale, qui peut permettre de poser un cadre de référence. Par exemple :

  • les comportements exhibitionnistes ne sont pas acceptés
  • les vêtements doivent être “propres et décents” ;
  • toute forme d’agression ou de violence sexuelle est exclue ;
  • le consentement des partenaires est toujours requis ;
  • etc.

Au sein d’un établissement, il existe des moments ou des endroits où l’on ne peut pas afficher sa vie affective : en classe et en thérapie, il y a une “tolérance zéro”. Pendant les temps libres, on peut se tenir par la main, voire se donner un petit bisou, mais pas devant les plus jeunes. Il est interdit d’aller à deux dans les toilettes et les ascenseurs pour des relations intimes. A l’internat, par contre, les règles peuvent être plus souples pour les majeurs sexuels (plus de 16 ans). Il ne faut pas s’offusquer de l’érection du matin ni de la masturbation. Pourquoi ne pas tolérer cette dernière entre les pairs puisque le handicap moteur limite les possibilités d’y accéder seul ?

Lorsque nous surprenons une scène équivoque du style “jeu du docteur”, nous veillons à ne pas dramatiser et surtout à informer : la masturbation est autorisée, mais en privé, dans certains espaces, le meilleur étant sans doute la douche. Par respect, on laisse la personne seule sous la douche, pour peu que sa déficience le permette, et on frappe avant d’entrer.

L’attitude des jeunes est engendrée par l’attitude naturelle des personnes qui les encadrent et par exemple, si une éducatrice entre dans une chambre pour le lever et se trouve confrontée à une érection matinale, il suffit qu’elle dise: “je reviens dans 5 minutes”. Il ne faut pas diaboliser. Néanmoins, on veillera à inculquer aux jeunes les notions de pudeur et d’intimité car ils sont assez souvent désinhibés.

Parler de la sexualité des personnes handicapées, c’est d’abord accepter d’envisager la sienne, d’être renvoyé à ses propres valeurs, à ses propres limites.

Une réflexion cohérente, élaborée en équipe, au sein de l’institution est donc indispensable et doit tenir compte des différentes sensibilités car tous n’ont pas la même perception des choses vu leurs différences d’âge et d’éducation. Les professionnels ont besoin d’être soutenus dans cette démarche et doivent avoir accès à la formation continue afin que tous comprennent que, quelle que soit leur propre conception, il s’agit d’appliquer les règles institutionnelles.

Le problème est encore plus délicat face aux adultes de grande dépendance qui n’ont pas accès au plaisir sans l’intervention d’une tierce personne. Faut-il, comme aux Pays-Bas, recourir à la prostitution ou, comme en Suisse, former des assistants sexuels dont le rôle consiste à faciliter la relation entre deux personnes très dépendantes?

Et l’Ethique ?

Au nom de l’Egalité entre les êtres humains, nul n’oserait nier le droit pour les personnes handicapées à la vie affective et sexuelle. Celles-ci, au même titre que les valides, ne tolèreraient pas qu’on réglemente leur intimité ni qu’on restreigne leur droit au plaisir. La problématique a récemment interpellé le monde politique qui a organisé colloques et formations et a récemment soumis à l’avis du Conseil consultatif bruxellois, section “Personnes handicapées”, la proposition de créer un Comité d’Ethique relatif à la vie affective et sexuelle des personnes handicapées. La réaction fut très vive et la proposition a été mutée en comité d’accompagnement des personnes devant assister les personnes de grande dépendance dans leur démarche.

Nous restons néanmoins toujours confrontés à certains tabous liés à l’éducation religieuse généralement répandue dans nos pays ainsi qu’à la pudeur plus ou moins grande de chaque individu. Une des missions de la direction d’un établissement consiste à veiller à ce que les jeunes qui lui sont confiés puissent avoir accès le plus naturellement possible à une vie affective et sexuelle harmonieuse, au même titre que tout autre individu, dans le respect des règles et limites sociétales et institutionnelles. Pour tendre vers ce but, il faut leur donner accès à une éducation adéquate, former les équipes à faire face aux situations rencontrées et convaincre les parents que leur enfant handicapé grandit, va devenir un adulte à part entière, qui pourra aspirer au bonheur et au plaisir.

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