POPULISME : LA TENTATION FATALE

par | BLE, JUIN 2013, Politique

Les thèses populistes et les populismes en eux-mêmes dans leurs contenus et leur expression globale, constituent des impedimenta de conservatismes, de démagogies politiques, d’extrémismes, de préjugés conformistes, de schémas de pensée, d’a priori, de raccourcis, de défiance et d’exaspérations aujourd’hui bien installés dans les opinions d’un nombre de plus en plus conséquent de personnes parmi les élites et les citoyens. Ils constituent, sous ce rapport, une composante de la culture politique et sociale du moment. Comme le furent en leur temps le colonialisme, l’impérialisme, le nazisme ou le fascisme.

Dans les faits, les thèses populistes ne sont pas l’apanage d’une famille idéologique ou politique distincte, elles traversent toutes les classes et sont reprises sans nuances, ni modération, dans un grand nombre de milieux conservateurs, traditionnalistes, libéraux, gauchistes, anarchistes ou extrémistes. Ces attitudes et comportements étant légitimement renforcés en cela par l’impuissance endémique des États à mener des politiques sociales cohérentes par la sclérose affligeante des élites et les effets pervers combinés des mesures d’austérité et de la surmédiatisation des leaders populistes.

Ce n’est pas un hasard que Marine Le Pen soit devenue la deuxième personnalité publique la plus aimée des Français et que, quoiqu’on ait dit et écrit sur ces leaders, ils restent populaires et aimés d’une partie des populations. Les populismes ne sont certes pas des avatars des extrêmes-droites ou des droites extrêmes mais leur fournissent néanmoins l’opportunité de s’acheter une image de respectabilité et de crédit à peu de frais. Ce n’est pas sans raison que le Front National, lors du 1er mai dernier, a étrenné son nouveau slogan : le peuple d’abord, détournant au passage le titre de la célèbre chanson de Georges Brassens, “Les copains d’abord”. Les dénonciations incantatoires, les levées de boucliers et les indignations des acteurs démocratiques, pour finir, n’auront servi qu’à enraciner dans les perceptions populaires, la croyance de plus en plus partagée, qu’il n’y a rien à entendre et espérer dans cette situation de crise économique et sociale des politiciens, des élites et des gouvernements plus soucieux de sauvegarder des privilèges injustifiés que de satisfaire les besoins réels des gens, et ne représentent donc que leurs propres intérêts.

Les Etats sont impuissants face aux déferlantes populistes. Les positions des partis au pouvoir semblent ramollir et la tentation de plus en plus grande d’accorder des concessions aux populistes pour demeurer en place. Et cela a déjà commencé. Discours sur la moralisation de la vie publique, lutte contre les fraudes fiscales, mea-culpa publics d’hommes politiques pris en flagrant délit de corruption, durcissement des politiques publiques envers les chômeurs et les immigrés, stigmatisation des communautés religieuses musulmanes… Ces cibles privilégiées de la vindicte populiste sont désignées comme profiteurs d’un système honni au même titre que ses tenants et privilégiés, c’est-à-dire les élites politiques et financières accusées de trahir les intérêts du peuple et d’être soumises à une tutelle transnationale.

“Nous ne devons pas arborer le drapeau du dogmatisme, écrivait Karl Marx, mais aider les dogmatiques à comprendre leurs propres thèses”.[1] Ce serait une erreur de vouloir suivre les populistes sur leur propre terrain de démonstration et de ré- pondre à la démagogie par de la démagogie et de céder à une tentation qui serait fatale à la Démocratie et qui la placerait sur la pente glissante de la régression politique, culturelle et sociale.


[1] Karl Marx, “Une correspondance de 1843”, Annales franco-allemandes

Dans la même catégorie

Share This