PRÉSENTATION DU COLLECTIF « LES MORTS DE LA RUE »

par | BLE, DEC 2010, Social

L’existence du Collectif des “Morts de la Rue” témoigne d’une réalité insoutenable, celle des inutiles aux monde qui non seulement vivent mais meurent dans une oppressante indifférence au cœur d’une des villes les plus riches d’Europe. Bruxelles Laïque soutient les démarches du Collectif en proposant des cérémonies laïques lors des hommages consacrés à ces déshérités. Ce qui ne nous empêche pas de nous battre avant tout pour que chacun puisse vivre dans la dignité et bénéficier d’un toit.

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Ce logo a été développé, suite à l’initiative d’un membre de notre collectif. Ce membre est décédé au cours de cette année-ci, et est devenu, lui aussi, un ‘mort de la rue’

Le Collectif “Les Morts de la Rue” à Bruxelles est une organisation qui travaille pour et avec les habitants de la rue, afin d’offrir un adieu digne si l’un d’eux décède.

Le Collectif à Bruxelles est un réseau informel né, il y a six ans, suite, d’une part, à la découverte révoltante de deux personnes à la gare du Midi, plusieurs mois après leur décès et, d’autre part, aux actions pour le droit au logement d’octobre 2004. Ce collectif regroupe des habitants de la rue, des associations de première ligne, des institutions et des citoyens concernés.

On a été informé du décès de 35 personnes en 2009. Leur moyenne d’âge était de 48 ans. Nous n’avons aucune idée du nombre réel de personnes ayant vécu dans les rues de Bruxelles et décédées l’année passée. Il s’agit des personnes qui ont vécu (une partie de) leur vie en rue. Parfois elles ont trouvé une solution dans une maison d’accueil, une maison de repos, un garni… Parfois, elles vivaient encore en rue au moment de leur décès. Nous n’avons pas été informés de plus de décès en hiver que pendant les autres périodes de l’année. Les problèmes structurels des sans-abris sont là pendant toute l’année. Nous visons ici l’accès tellement difficile au logement pour les sans-abris (les loyers trop élevés à Bruxelles, les longues listes d’attente pour un logement social – alors qu’il y a tant de logements vides – la discrimination sur le marché privé…)

Objectifs du Collectif

A l’exemple des actions menées par les collectifs de Paris, Québec et Kielce (Pologne), le Collectif a pour objectif de tout mettre en œuvre pour assurer un traitement digne de la mort de chaque habitant de la rue et de témoigner du décès et de la vie des personnes de la rue.

Un des buts principaux est que les gens ne meurent pas anonymement et que les gens qui ont connu la personne (la famille, les ami(e)s, les travailleurs sociaux, les équipes soignantes…) soient mis au courant du décès, et qu’avant celui-ci, ils aient la possibilité de leur dire adieu.

Le travail du Collectif est aussi un travail structurel : nous voulons témoigner de la dureté de la vie en rue envers la société, pour que les gens et les autorités comprennent mieux les difficultés auxquelles les habitants de la rue sont confrontés. Tout ça, en essayant d’améliorer leurs conditions de vie et de mort. C’est un travail quotidien tout au long de l’année.

Le Collectif est une organisation de fait. Chaque personne qui se sent touchée par la problématique ou chaque institution qui touche à ces questions autour de la dignité dans la mort des habitants de la rue, peut en être membre. Dans nos actions, nous essayons d’impliquer au maximum les gens de la rue.

Cérémonies d’adieu

Pour chaque mort de la rue, nous essayons de veiller à ce qu’il y ait une cérémonie d’adieu. Le cas échéant, le travail avec les familles est très important : veiller et aider à ce que la famille soit avertie du décès de leur proche, éventuellement préparer une cérémonie avec la famille. Préparer une cérémonie, comme cela se fait souvent, avec des petites choses humaines, qu’on essaie de faire ensemble avec les gens qui ont connu la personne : écrire un petit texte, chercher une photo, rédiger un faire- part, choisir la musique, faire en sorte qu’il y ait des fleurs, une petite bougie… Pour les habitants de la rue, avoir quelque chose de concret, comme un faire-part avec la photo de la personne, signifie souvent beaucoup.

C’est aussi tout un travail de contenu, et de ‘reconstruction’ de la vie et de la personnalité de la personne décédée, pour que la personne reste vivante pour ceux qui sont encore parmi nous : essayer de retracer la conviction de vie de la personne, de déterminer quelle forme de cérémonie est la plus appropriée, faire en sorte que les gens concernés soient tous avertis…

Nous essayons, en organisant une cérémonie, de respecter les convictions religieuses ou laïques de la personne. Le collectif travaille en collaboration avec des imams, des pasteurs protestants, des prêtres catholiques, des délégué(e)s laïques… Nous ne pouvons pas sous-estimer la grande valeur de la collaboration avec Bruxelles Laïque et son pendant flamand, le Centrum voor Morele Dienstverlening.

Visite collective au cimetière

Début novembre, nous avons fait une visite collective au cimetière de Bruxelles. Nous nous rassemblons en groupe autour de la tombe de chaque personne décédée pendant l’année écoulée pour un moment de recueillement. Nous lisons un texte pour chaque défunt et mettons une petite lumière et un symbole sur la tombe (en ce mois de novembre 2010, c’était un petit sapin, comme signe de vie). Nous prenons aussi le temps de nous recueillir devant les tombes des gens de la rue qui sont décédés antérieurement.

Réunions mensuelles

Nous organisons des réunions mensuelles, où les (ex-) habitants de la rue et les organisations se rencontrent pour organiser des cérémonies, témoigner des défunts, définir les objectifs pour améliorer les conditions des décès de notre public… Ces réunions sont des espaces de paroles où tout le monde a la possibilité de s’exprimer librement.

Cérémonie annuelle

Dans ce cadre, nous organisons une cérémonie annuelle pour commémorer les habitants de la rue qui sont décédés l’année précédente. Cette cérémonie d’hommage a un aspect interconvictionnel car les morts de la rue ont différents cultes et convictions. Nous avons développé cet aspect avec l’asbl Axcent.

Pour commémorer tous les morts de la rue de 2010, ainsi que ceux dont nous n’avons pas été informés, nous organiserons la prochaine cérémonie annuelle le mercredi 2 mars 2011, dans la salle gothique de l’Hôtel de ville de Bruxelles.

Cette cérémonie annuelle est organisée en collaboration avec Madame Chantal Noël, Echevin des Cultes et Monsieur Hamza Fassi-Fihri, Echevin de l’Etat Civil. La Ville de Bruxelles, par l’intermédiaire de ces deux échevins, s’est distinguée par sa collaboration active avec notre collectif : elle le soutient non seulement à l’occasion de la cérémonie d’hommage mais encore durant toute l’année.

Cette fois-ci nous aurons la collaboration du Collectif “les poètes de villes”. Ce sont les habitants de la rue qui prennent en charge une grande partie de la préparation de la réunion annuelle et participent directement à cette cérémonie.

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