SANS CESSE REMETTRE SUR LE MÉTIER…

par | BLE, Laïcité, MARS 2009

Est-ce l’anniversaire de la loi française de 1905, dite de séparation de l’Église et de l’État, ou le tintamarre continu entretenu dans les cénacles du Vatican, ou sans doute aussi les difficiles négociations concernant la place des Églises dans les Institutions de l’Union européenne, toujours est-il que, de tous côtés, on parle de laïcité. Et, chose curieuse, tout le monde paraît y trouver son compte et se présente en faveur de la laïcité. La laïcité de la société (laïcité politique) devient parée de toutes les vertus. Finies les luttes du passé pour la liberté de conscience – la liberté de religion y a été associée –, le serment en justice n’invoque plus la divinité et une cérémonie publique remplace le Te Deum officiel du 15 novembre. Il paraît comme convenu que ces actions font partie du passé et sont, volontairement ou non, rayées de la mémoire collective.

À y regarder de plus près, d’importantes divergences subsistent entre les partisans de la laïcité de la société et ceux qui, au contraire, entendent utiliser à leur profit les libertés chèrement conquises, mais à leur manière par le biais d’une laïcité “bien comprise”. Il faut voir les choses clairement car il s’agit bien de la remise en cause par certaines hiérarchies religieuses des acquis de la laïcité et de leur volonté d’intervenir dans les prises de décisions politiques des États mais également de l’Union européenne.

LA LAÏCITÉ BAFOUÉE

C’est principalement au niveau de l’Union européenne et de certains nouveaux États membres que les agissements de certaines Églises se font sentir. Certes, elles opèrent rarement à découvert et certains se laissent séduire par un bel emballage quand l’affaire devient publique.

Qui donc s’offusquerait qu’un “dialogue ouvert et transparent”[1] s’ouvre entre des institutions. Il faut connaître les revendications des Églises pour comprendre la portée de ce prétendu dialogue qui n’a d’autre objet que celui de faire pénétrer dans les lois de l’Union les mots d’ordre du Vatican.

Un cas récent et particulièrement flagrant nous vient de Slovaquie, pays récemment admis dans l’Union, qui a signé en 2004 un Concordat avec le Saint Siège. Une annexe à ce concordat qui a valeur de traité international a été élaborée en vue de son adoption par le parlement slovaque. Son objet se rapporte au “droit de l’exercice de l’objection de conscience” : L’objection de conscience est basée sur le principe de liberté de conscience autorisant quiconque à refuser d’agir dans un sens …contraire au corps de doctrine de l’Église catholique.

Après cette mainmise de l’Église catholique sur la loi slovaque, que reste-t-il de la liberté de conscience des fidèles d’autres religions et des non-croyants, athées ou agnostiques ? Remarquons que la Slovaquie, au contraire du Saint Siège, a ratifié la Convention européenne des Droits de l’Homme qui spécifie que “toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion…

La récupération par l’Église d’un droit fondamental pour tous (liberté de conscience), largement empreint des valeurs de la laïcité, est évidente car la liberté de conscience est détournée à l’avantage des seuls fidèles d’une Église. Pourtant dans plusieurs déclarations, des ecclésiastiques de haut rang ainsi que le pape se sont déclarés attachés à la laïcité.

LES ENJEUX ONT ÉVOLUÉ

Face à une telle reconquête de l’espace public, il est indispensable tout d’abord de bien distinguer les enjeux pour s’investir dans des actions de terrain correspondant aux réalités de notre temps, qu’elles soient de nature sociale, écologique, éthique, voire politique, en vue d’y maintenir et, si nécessaire, d’y introduire pour chacun et chacune la liberté de choisir en conscience la solution la plus appropriée. Si la laïcité, rappelons-le, n’est pas une lutte contre la religion, elle ne se limite pas à seulement faire inscrire dans un document politique la séparation des Églises et de l’État.

La laïcité publique est née de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789 qui introduit “la liberté publique de conscience pour tous et pour chacun”. L’espace de la liberté de conscience s’est élargi depuis cette déclaration et cette liberté se comprend aujourd’hui pour les laïques au sens large d’une liberté pour tous qui concerne tous les domaines de l’existence.

Il convient également, pour mener à bien l’action, de distinguer clairement les adversaires de la liberté de conscience mais aussi de connaître ses alliés. De larges groupements de catholiques défendent publiquement la laïcité dans l’Union européenne, la laïcité de la société, que l’on dit aussi laïcité politique car elle concerne les institutions. La Fédération humaniste européenne[2] a déjà eu l’occasion de promouvoir avec certains d’entre eux des actions en faveur de la laïcité.

Ne restons pas figés par les luttes du passé et sachons œuvrer honnêtement avec eux, comme ce fut le cas à propos de l’interruption de grossesse et d’autres questions de société ainsi que, tout récemment, du projet de Traité constitutionnel.

Malgré les opposants irréductibles, la laïcité est devenue une valeur partagée beaucoup plus largement qu’auparavant et l’Union européenne constitue une opportunité d’en faire mieux connaître les atouts. Remettre la laïcité sur le métier pour travailler avec d’autres partenaires mais également élargir ses champs d’activités, c’est donner à la laïcité un nouvel élan.


[1] Article 52 du projet de Traité constitutionnel.

[2] Fédération humaniste européenne, fhe@ulb.ac.be, www.humanism.be

Georges LIENARD : Past président du CAL Secrétaire général de la FHE

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