SI C’EST GRATUIT, VOUS ÊTES LE PRODUIT[1]

par | BLE, Economie, JUIN 2014

“Facebook, c’est gratuit et ça le restera toujours”, “Gmail, un espace de stockage 100% gratuit”. Enfin des services généreux dont nous pouvons profiter sans être redevables de rien ! Ces affirmations sont-elles correctes ? Comment des multinationales gigantesques telles que Facebook ou Google sont-elles financées ? Bien évidemment, nous avons tous remarqué que ces sites sont truffés de publicités. Ce serait donc la vente d’espaces publicitaires qui financerait les services gratuits d’Internet. Mais pas uniquement. Ce que Facebook et Google revendent également, c’est nous.

On pourrait facilement se laisser convaincre par un certain bon sens qui prétendrait qu’un peu de publicité ne fait de tort à personne et permet l’accès gratuit à certains services, comme ceux des réseaux sociaux. Et pourtant, ce serait partiellement faux, ou du moins quelque peu malhonnête. En effet, la “gratuité” prétendument offerte par la publicité peut être vue sous un angle différent. Le prix de vente d’un produit est calculé sur base des coûts d’achat de matières premières, de production, mais aussi… de commercialisation. Autrement dit, quand vous achetez une marchandise, vous payez concrètement le coût des publicités qui vous ont amené à l’acheter. Cela n’est rien d’autre que le modèle commercial et publicitaire classique. Cependant il est pertinent de rappeler qu’en achetant une cannette de Coca-Cola, on paye par la même occasion leur publicité et donc on paye aussi un peu Facebook. Dire qu’un service est gratuit alors qu’il contient de la publicité est donc tordre quelque peu la vérité pour mieux attirer le consommateur.

Mais Google et autres GAFA[2] disposent d’une ressource économique bien plus insidieuse et surtout plus rentable : vous et moi. Au travers de navigations, commentaires et courriers électroniques que nous effectuons au quotidien, nous laissons des traces qui en disent beaucoup sur nos habitudes de consommation et nos centres d’intérêt. Les ingénieurs de l’e-marketing en font d’ailleurs la ressource première du ciblage de la clientèle potentielle. Voilà pourquoi ces informations se revendent à bon prix. Ces e-traces que nous laissons s’en vont, une à une, passer au crible de l’analyse commerciale pour nous revenir sous la forme de messages publicitaires personnalisés. En définitive, quand nous effectuons une recherche sur Google, nous le faisons au prix de notre vie privée. Nous effectuons à travers nos données personnelles autant de micro-payements à ces géants du Net. Et nous creusons une dette dont nous ne mesurons pas la portée puisque nous ignorons comment ils spéculeront sur toutes ces données…

Peut-on donc, dès lors, considérer que ces services sont réellement gratuits ? A voir l’argent qui est brassé à travers notre utilisation, on peut légitimement affirmer le contraire. Bien entendu, c’est une nuisance que l’on peut choisir d’accepter. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. L’encyclopédie Wikipédia parle d’un “service payé par une contrainte ou une nuisance (…) : au bien gratuit fourni est associé un élément au bénéfice du fournisseur, éventuellement désagréable pour le bénéficiaire. La forme la plus évidente est le financement par la publicité”.

D’aucuns prétendront qu’ils sont absolument imperméables aux messages publicitaires, et que cela ne leur nuit donc pas. D’autres encore diront que la publicité est après tout une bonne manière de se tenir informé des nouveautés en tant que consommateur. On peut aussi penser simplement que la publicité, c’est une nuisance comme une autre, autant s’en protéger !


[1] Voir à ce propos le film ludico-pédagogique de l’Agence Adesias : http://www.youtube.com/watch?v=8vLSf1i4E7A

[2] Les quatre “géants” de l’industrie numérique : Google, Amazon, Facebook et Apple

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