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Propre des sociétés humaines, la solidarité constitue une nécessité de survie tout autant qu’une construction sociale. Elle s’appuie sur des valeurs, des croyances, des identités d’appartenance, des protocoles ou encore des éthiques et revêt dès lors divers intérêts ou formes d’exercices. 
Dans tous les cas, elle semble marquer la concrétisation d’une conscience collective. Les Etats de droit modernes sont portés par des idéaux égalitaristes et émancipateurs, et organisent une solidarité qui tend à réduire, et c’est là le paradoxe, les injustices et inégalités structurelles pourtant liées à leurs fonctionnements.

Par ailleurs, les individus et les collectivités sont aussi aux prises avec des ambiguïtés dans la responsabilité solidaire : peut-on être vraiment solidaire de ce que l’on ne voit pas, de ce que l’on ne connait pas, voire que l’on méconnaît ? Ou est-ce à l’inverse le sentiment de solidarité qui pousse à aller vers l’altérité inconnue ou méconnue, devenant ainsi une source de savoir et de transcendance de frontières préétablies, d’acquisition d’un sentiment de responsabilité élargie, et de construction d’un avenir commun ?  De qui sommes-nous solidaires ? De quelles causes souhaitons-nous, à contrario, nous désolidariser ? Comment les affects traversent-ils nos engagements ?  Que dit l’entraide de la constitution et des renforcements des groupes sociaux ? Toute solidarité est-elle souhaitable, et que dire dès lors des corporatismes et autres défenses d’intérêts particuliers ? Quelles sont les solidarités progressistes qui contribuent à l’intérêt général en tant que responsabilité démocratique ?  Comment réaffirmer le besoin de structuration des solidarités sans perdre de vue l’importance des responsabilités individuelles dans le vivre ensemble ? 

En offrant des visions partielles et partiales du monde, les médias et les politiques s’exposent au risque de polarisation des opinions. Plus globalement, apporter des réponses simplistes à des questions complexes peut avoir comme conséquence de cristalliser les positions, voire contribuer à leur radicalisation. Or, pour éviter ces mêmes écueils, il est important d’aborder les extrémismes comme un phénomène complexe, protéiforme et semble nécessiter l’adoption d’une analyse à large spectre. Il est nécessaire d’adopter une démarche qui vise à une meilleure compréhension de ce phénomène, afin d’étoffer davantage les stratégies utiles à sa déconstruction.  Souvent alimentés par la spirale des réseaux sociaux, les idéologies extrémistes de tous bords travestissent les faits, fourvoient les perceptions, cristallisent les croyances et isolent ceux qui y succombent. Si cette diffusion tous azimuts complexifie les processus d’opposition démocratiques, en tant qu’organisation laïque, c’est également l’usurpation et l’instrumentalisation de la notion même de la laïcité par l’extrême droite qui doit nous mobiliser.

Un numéro qui vise à susciter la réflexion en invitant à construire une culture publique commune, suscitant l’adhésion et la solidarité du plus grand nombre dans le but de consolider nos ressources communes dans la lutte contre les extrémismes.

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles