Quiconque travaille, de près ou de loin, dans le secteur social le sait : on s’y engage par conviction, pas par intérêt. Chaque jour, à Bruxelles Laïque, nous défendons des valeurs, des pratiques et des associations qui créent du lien. Ensemble, avec le milieu associatif, nous portons un projet de société. Cet engagement demande du temps, de l’énergie, mais aussi de l’humilité. Nos projets rencontrent souvent des obstacles, mais ils s’inscrivent dans une histoire plus large qui nous dépasse et nous pousse à continuer.

Ce numéro s’intéresse à la question des récits et des contre-récits qui façonnent notre vision du monde, bien au-delà des programmes politiques. Nos croyances, nos représentations et les débats qui traversent la société reposent sur des histoires que nous nous racontons collectivement. Ces récits ne sont pas seulement rationnels, ils touchent aussi à nos sensibilités et à notre imaginaire.

Mais comment s’y retrouver aujourd’hui, dans un contexte où les réseaux sociaux — souvent sans règles claires — prennent de plus en plus de place face aux institutions démocratiques ? Comment garder des repères, alors que des principes comme la laïcité sont parfois détournés et que certains fondements de la démocratie sont fragilisés ? La question est essentielle.

Les contributions de ce numéro ne cherchent pas à donner des réponses toutes faites, mais à ouvrir des pistes de réflexion. Avec l’accompagnement du DGDE, des jeunes partagent leurs préoccupations et leurs aspirations. Un livre-examen aborde la « bataille culturelle », en confrontant récits classiques et approches liées au genre, à la diversité et à l’inclusion, tandis qu’un autre article mobilise les sciences cognitives pour analyser les discours d’extrême droite. Plusieurs contributions proposent ensuite des récits alternatifs : une interview sur les initiatives des communautés afrodescendantes à Bruxelles, un article sur les luttes pour l’autodéfense numérique en Amérique latine, ainsi qu’une réflexion sur le rôle concret des médias dans la diffusion des idées. Nous proposons aussi une analyse du film de Raoul Peck autour de George Orwell, un portrait historique des luttes sociales, une invitation à imaginer d’autres futurs à travers nos Labo-Chantiers et, enfin, une lecture critique du multiculturalisme canadien à la lumière des héritages coloniaux.

Sans moraliser, mais sans éviter les questions de fond, ce numéro nous invite à réfléchir à la manière de défendre un projet de société ouvert et solidaire face à la montée des extrêmes. Comment ne pas se contenter de réagir, mais proposer autre chose ? Comment remettre au centre des valeurs de solidarité, dans un contexte où l’individualisme tend à se banaliser ?

Nous espérons que ces analyses feront naître des raisons d’espérer et des envies d’agir, face au fatalisme qui pousse trop souvent nos sociétés vers des choix lourds de conséquences, parfois présentés comme évidents.

                                    Ariane Hassid Présidente

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