CAMPAGNE “ONE HEALTH”

par | JUIN 2021, Social, Uncategorized

Dans la crise sanitaire que nous avons connue ces derniers mois, la gestion publique de la santé dans son aspect collectif a fait l’objet d’une tension forte entre principes de libertés individuelles et surveillance massive. Les replis régaliens ont ressurgi dans la responsabilité politique, faisant grandir la défiance des citoyens envers l’Etat et posant par conséquent à nouveau la question de l’efficience de cette approche. Le Centre d’Action Laïque propose cette année une réflexion sur l’approche globale et communautaire de la santé, rejoignant ainsi le mouvement “One Health” qui fait le pari de l’intelligence et du libre-examen pour restaurer la confiance fondamentale au fameux “effort collectif” tant sollicité depuis mars 2020.

Chaque année, le Centre d’Action Laïque lance une campagne d’éducation permanente destinée à éveiller l’attention, susciter le débat et émettre des propositions sur un enjeu de société particulier. C’est ainsi qu’en 2020, la campagne “Egaux, ensemble” a tenté de montrer à quel point certains publics plus vulnérables ont vu leurs difficultés amplifiées par la crise sanitaire.

La réflexion se poursuit en 2021 avec une campagne intitulée “Santé de tous, santé pour tous”.[1]

Certes, l’importance de la santé pour le mouvement laïque n’est pas une nouveauté. Qu’il s’agisse de santé sexuelle et reproductive, de début et de fin de vie, ou plus généralement de l’accès à des soins abordables et de qualité, la santé conditionne notre capacité à vivre dignement. Le mouvement laïque s’est toujours mobilisé pour étendre le droit à la santé et pour en assurer un accès à tous, de façon impartiale et sans discriminations. Le contexte de la pandémie ouvre de vastes champs de réflexion à propos desquels la laïcité peut contribuer. Cette nouvelle campagne du Centre d’Action Laïque prend pour point de départ la santé circulaire (“One Health”), concept qui met en évidence les interactions cruellement illustrées avec la pandémie de coronavirus entre la santé animale, la santé humaine et la santé de la planète. Il s’agit d’envisager de façon multidisciplinaire, décloisonnant les savoirs, les options du futur sur le plan sanitaire et de questionner, à partir des valeurs laïques, les propositions que scientifiques et politiques mettent sur la table.

Plusieurs facteurs expliquent le choix de cette thématique. D’abord, dans une approche libre-exaministe, le Centre d’Action Laïque entend favoriser l’appropriation de connaissances nouvelles par les citoyens. Le savoir est une condition d’émancipation individuelle mais aussi un moyen de lutte contre les populismes qui, se repaissant de pseudo-sciences et de fake news, alimentent les peurs. Eveiller aux enjeux de la santé circulaire, c’est faire le pari de l’intelligence humaine et permettre aux citoyens de décider pour eux-mêmes. En effet, la complexité de la crise sanitaire peut à la fois générer un sentiment d’impuissance citoyenne, entre injonctions politiques et scientifiques parfois contradictoires, et, en même temps, générer une culpabilisation effarante des citoyens (“si vous n’êtes pas sages, les mesures seront prolongées”). Il s’agit donc d’aider à remobiliser la capacité d’action citoyenne, en réhabilitant la pensée critique et la pratique du libre-examen. Ensuite, les moyens de lutter contre les pandémies mettent en branle des modes de pensées complexes, faisant interagir des larges quantités de données pour le traitement desquelles l’intelligence artificielle joue un rôle essentiel. Un débat éthique doit inévitablement accompagner ce changement de paradigme, fixant des balises claires sur ce qui est acceptable au regard des impératifs que sont le respect de la vie privée dans l’utilisation des données personnelles, l’état de droit ou, de façon générale, les droits et libertés fondamentales. La loi “pandémie” fédérale ne solutionne pas ces importantes questions : elle s’apparente davantage à un habillage juridique des mesures prises depuis l’émergence du coronavirus. Plutôt qu’opposer les impératifs de sécurité sanitaire et les droits fondamentaux, il importe de poursuivre le travail afin de parvenir à décliner des mesures qui reposent sur les droits fondamentaux. Ajoutons que, dans cette réflexion, le respect des exigences démocratiques passe tant par la qualité intrinsèque des mesures que par la manière avec laquelle elles sont adoptées. À cet égard, la participation citoyenne et le plein respect des procédures démocratiques, en ce compris le contrôle parlementaire et juridictionnel, sont essentiels.

Enfin, prendre le temps de mettre en perspective ce que cette crise dit de notre façon de vivre au moment où elle s’est déclenchée, prendre le temps de penser et débattre de la manière avec laquelle nous avons traversé cette crise permet d’envisager autrement notre futur. Ce fameux “monde d’après” que beaucoup appelaient de leurs vœux semble aujourd’hui illusoire, masqué derrière un compréhensible empressement à retrouver nos habitudes d’avant. Et pourtant, nous devons tirer les leçons de la crise car d’autres pandémies s’annoncent. Elles ne peuvent faire reculer davantage notre projet d’un monde plus libre, plus juste et plus fraternel.

Ce sera le troisième temps de la réflexion, celui de la mise à jour de notre logiciel laïque lors de la convention statutaire que le mouvement laïque tiendra en 2022.


[1] https://www.laicite.be/campagne/sante-de-tous-sante- pour-tous/


Image : © photo Bill Oxford – unsplash.com

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