TRANCHEZ LES LIENS À LA RACINE !

par | BLE, JUIN 2016

Depuis toujours les Êtres Humains sont aux prises avec des forces profondes et obscures, des forces pulsionnelles, individuelles et collectives. Et depuis toujours, ils tentent de les dompter, de les apprivoiser, d’échapper à leur emprise. S’ils ne peuvent pas les soumettre, car ce sont les forces de l’existence elle-même, du moins ils essayent de les apaiser et de négocier avec elles. Ces sombres puissances habitent la nuit des temps, elles sont tapies au fond de nos neurones comme d’impérieux programmes. Car le monde est en nous comme nous sommes dans le monde. Ces forces, ces pulsions, ces puissances sont en nous, les Êtres Humains, ce sont nos forces. C’est sur ces forces que nous conquérons notre humanité et c’est dans cette confrontation que nous risquons aussi de la perdre.

Nous négocions des marges de manœuvre, nous essayons d’étendre les territoires de notre liberté. Ce combat est toujours inachevé, il nécessite des rites et des stratégies, des magies et des sacrifices. Les différentes cultures des peuples ont élaboré des protocoles complexes et divers afin d’interagir avec les puissances spécifiques auxquelles elles étaient confrontées et produire ainsi les différents mondes culturels humains, tels des clairières dans la jungle, des oasis dans les déserts, des archipels sur l’océan du chaos.

Ainsi en est-il du Tigre, par exemple, que certaines cultures connaissent bien.

Ce prédateur splendide n’est pas seulement une espèce de fauve en voie de disparition.

Le Tigre est aussi une entité psychique qui se nourrit de l’âme des proies qu’elle dévore. Non sans avoir quelquefois longuement et cruellement joué avec elles. Lorsqu’il a dévoré leur âme, le Tigre possède ses victimes de l’intérieur, elles ont cessé d’être humaines, qu’elles s’en rendent compte ou non. Possédées par le Tigre, elles se livrent alors à des sévices et des excès de cruauté, car les cris et les sanglots des suppliciés enivrent le Tigre  et leurs souffrances lui procurent une orgueilleuse jouissance. Le Tigre hante les marges, les confins et les périphéries des mondes humains, ce sont ses territoires de chasse. Lorsqu’il est provisoirement rassasié, il s’éloigne des lisières  et se retire dans les jungles ténébreuses de l’intermonde, que peu d’Humains ont explorées.

Mais lorsque les rites ne sont plus accomplis, lorsque les temples sont abandonnés, lorsque les feux, sur les collines et dans les clairières, ne sont plus entretenus, alors le Tigre s’avance jusqu’au cœur de la cité, il s’installe dans les lieux de pouvoir et fait régner une épouvantable terreur. Ses tortionnaires et ses sbires cherchent à briser toute dignité, ils installent la peur dans les consciences grâce aux plus macabres mises en scène. Ils violent, humilient et bafouent systématiquement.

Bala Bala Dima, le serpent cosmique, désigné secrètement comme “le Tueur”, est  un  autre  exemple  de  ces  forces qui, lorsqu’elles échappent au contrôle humain, peuvent enrouler leurs anneaux autour de nations entières et  les  étouffer progressivement dans une affreuse expérience de peur et d’impuissance. “Le Tueur” a échappé à la magie rituelle des confréries, à leurs rythmes et leurs chants. Il s’est alors répandu dans les différents mondes, provoquant des guerres et jetant les peuples sur les chemins de l’exil. Il s’est emparé de l’économie, de la finance, il a invoqué la démocratie et le développement, il a vendu des armes, provoqué des massacres et répandu des virus. Les mondes humains assistent dès lors dans l’effroi à leur propre destruction, destruction qu’ils ont provoquée par leur cynisme et leur courte vue égoïste, par leur avidité et leur futilité narcissique, par leur négligence des rites essentiels qui les préservaient.

Certains disent que le sommeil de la raison engendre des monstres. Pour l’Esprit Libre cependant, la rationalité et toutes ses formes technologiques dérivées, ne sont que des outils, les moyens d’une fin qui n’est pas nécessairement heureuse. Les démons eux aussi s’emparent de la rationalité logique, facilement d’ailleurs,  et ils perfectionnent grâce à elle leurs dispositifs de domination et de destruction. Ils en ont les moyens. Tant d’esclaves travaillent déjà pour eux, tels ces ingénieurs américains qui ont mis  au  point  les poupées explosives qui envoyaient des milliers de billes d’acier dans le corps des enfants vietnamiens. Tels ces publicitaires qui travaillent par leur propagande ambiante à maintenir l’énergie au niveau du sexe, sous prétexte de libération, afin qu’elle ne parviennent pas jusqu’au cœur. Les démons utilisent sans relâche de tels outils, afin d’exercer leur domination, afin d’humilier et de détruire les cultures et l’humanité même des Êtres Humains.

Tranchez les liens à la racine ! Déracinez les barbelés qui entravent l’esprit !

Délivrez la conscience des appareils de gestion et des dispositifs de contrôle dans lesquels elle s’empêtre, délivrez-la des futurs mensongers, des angoisses et des désirs programmés, des scénarios fabriqués d’une histoire qui n’est plus la vôtre, d’une histoire officielle où vous n’êtes que des figurants, des données statistiques traitées par algorithmes à fins d’exploitation et d’élimination.

Refusez de jouer le jeu, n’essayez plus  de vous adapter au système car en vérité c’est un piège affreux. C’est le techno-piège des possibilités aliénantes, des libertés surveillées, des voyages organisés vers l’insignifiance des sous-vies virtuelles. C’est le piège zombi des faux dilemmes, des savoirs inutiles et des questions mal posées. Dans ces pseudo-réalités ne se développe que la résignation des consciences aliénées, l’humiliation et la dégradation de l’esprit. Tu n’utilises pas le techno-système car c’est lui, en fait, qui petit à petit implante ses liens dans ton système nerveux et qui formate ton imaginaire. C’est lui qui rétrécit ton esprit et s’empare des dimensions de ta conscience, toujours plus profondément. Il te rend dépendant, soumis, “réaliste” et résigné. Fort minable en somme.
Alors on danse… et c’est super triste, n’est-ce pas ? C’est super triste ce diagnostic de la conscience navrée, cette ultime lucidité, ce dernier vestige de l’intelligence avant robotisation complète.
Qu’importe il s’agit pour la plupart de rentabiliser, cyniquement, de se sentir malins, avisés, d’être des “gagnants”. La peur les
possède d’être des “perdants”. Il importe à la conscience aliénée de faire de bonnes affaires, de profiter des opportunités, en
travaillant avec l’ennemi pourquoi pas, en collaborant avec les forces d’occupation, en s’adaptant avec “positivité” à l’ordre établi du monde et des rapports de force.

Mais pour l’Esprit Libre au contraire, il importe de se débrancher, d’échapper à cette réalité imposée, à  ses  entreprises et à ses séductions, à son pragmatisme   à courte vue, à son besoin pathologique de sécurité, de reproduction à l’infini de l’inepte. Il est même urgent de stopper la fuite en avant de cette “réalité” qui va les pieds devant tout droit dans le néant. Economique ou technologique, pédagogique ou érotique, doctrinaire ou publicitaire, c’est toujours le mensonge, la négation du possible vivant, la reproduction aveugle des mêmes fatalités.


La radicalité critique est une lame à double tranchant. Ni ceci, ni cela, elle frappe dans l’erreur à droite et à gauche, elle taille
des brèches dans l’illusion, elle sabre les réalités virtuelles à mesure qu’elles apparaissent et tentent d’emprisonner la conscience. Elle ouvre ainsi un chemin vers l’ouvert, le vaste, l’illimité. La radicalité critique est un art martial, à travers les
“réalités”, elle reconduit au Réel, à l’espace libre du possible. Derrière les écrans de la réalité officielle coule en effet une autre
rivière, une autre histoire derrière les murs, clandestine désormais, chuchotée dans l’obscurité des prisons.

C’est  l’histoire des Êtres Humains, l’histoire des peuples de la Terre. Une très ancienne histoire, de résistance et de fierté, de courage et de générosité. Une chanson presqu’oubliée qui évoque la loyauté, les sacrifices et les émerveillements. Elle raconte comment, aux confins des empires, dans les jungles périphériques, nous avons autrefois apprivoisé le Tigre, envouté le Serpent et délivré de la peur nos galaxies de neurones.

Elle raconte comment nous sommes retournés à la source de nos chants, comment nous avons vaincu les démons et atteint les racines du ciel. Elle nous rappelle comment nous sommes  entrés en contact avec l’Univers Vivant. Nous sommes la  résistance.  Nous  sommes les tribus oubliées, dissidentes, qui n’ont jamais renoncé, jamais capitulé. C’est nous qui avons allumé des feux dans la nuit pour annoncer le retour des  tribus. Ce sont nos caravanes qui ont traversé  les immensités désertiques du temps. Et c’est sur nos carrefours que l’Universel fut rêvé originellement. Nous sommes une autre façon de penser, de rêver, d’être au monde. L’Esprit Libre à chaque instant abolit le passé, il surfe au sommet de la vague d’exister. Nous avançons dans son sillage et nous suivons son étoile.

Hommage à ceux qui sont tombés pour garder libre la Voie.

Ask ile[1].


[1] NDLR : “Tout amour” en Turc

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